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« Situation, mission, exécution » : grandir au rythme de l’armée

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Dans la maison de Micheline Laurencelle et Stéphane Chartrand à Shawinigan, en Mauricie, l’ambiance est agréable. Sur la table de la salle à manger, il reste encore quelques assiettes, restes d’un dîner de famille. Dans la cuisine, le café coule et les enfants, devenus adultes, discutent pendant que l’un des deux gros chiens court autour d’eux.

Une scène familiale typique, semblable à celles que l’on pouvait voir pendant les vacances, mais qui contraste avec ce que cette famille a vécu lorsque le père était militaire. Aujourd’hui, le capitaine Chartrand est à la retraite, son épouse y est presque et ses trois enfants sont adultes, mais le passé a laissé des traces.

Un parcours impressionnant

Avant de commencer la rencontre, le vétéran nous fait visiter son bureau situé au deuxième étage. Un lieu où s’exposent ses 32 ans de carrière. Aux murs se trouvent des photos, des cadres et des diplômes, véritable musée de sa vie militaire.

Le vétéran Stéphane Chartrand a passé 32 ans dans les Forces armées canadiennes.

Le vétéran Stéphane Chartrand a passé 32 ans dans les Forces armées canadiennes.

Photo : Micheline Laurencelle et Stéphane Chartrand

C’est le destin qui m’a amené à m’enrôler dans les Forces, mais c’est aussi un peu grâce à mon père, car il y avait beaucoup de discipline chez nous. Il est mort quand j’avais 11 ans. Mon père n’était pas dans les Forces, mais mon oncle l’était et il était en quelque sorte mon deuxième père.explique-t-il en désignant une photo en noir et blanc.

Grand et fort, l’ancien militaire au sourire chaleureux raconte chaque étape de sa carrière avec précision et fierté.

Je vais procéder par ordre chronologique. J’ai été membre du Royal 22e régiment de 82 à 86. J’ai ensuite demandé un changement de métier pour devenir spécialiste du renseignement. De 93 à 96, j’ai été transféré à l’ambassade du Canada à Varsovie, en Pologne. Puis, en 1999-2000, ce fut le Timor orientalcommente-t-il en montrant une carte épinglée au mur.

Soldat Stéphane Chartrand lors de la mission de paix canadienne au Timor oriental.

Soldat Stéphane Chartrand lors de la mission de paix canadienne au Timor oriental.

Photo : Micheline Laurencelle et Stéphane Chartrand

C’était dans des conditions austères, les deux premiers mois il faisait 50 à 55 degrés. À mon retour, on m’a diagnostiqué la tuberculose. Il fallait sécuriser les villages. Les gens avaient fui vers les montagnes et il y en avait d’autres qui ne pouvaient malheureusement pas le faire parce que les villages avaient été incendiés. On pouvait percevoir les odeurs des incendies et des cadavres, qui étaient jetés au fond des puits.» dit-il, restant silencieux après avoir prononcé ces mots.

Les marques de reconnaissance, de promotions et de spécialisations ont été très nombreuses et l’ascension de M. Chartrand dans les échelons supérieurs de l’armée s’est poursuivie jusqu’à sa retraite en 2014. Celui qui a accédé aux grades d’adjudant-chef et de capitaine a connu une carrière impressionnante.

Stéphane Chartrand, adjudant-chef, 2003.

Stéphane Chartrand, adjudant-chef, 2003.

Photo : Micheline Laurencelle et Stéphane Chartrand

Fierté et incompréhension

Durant ces années, le couple et leurs trois enfants ont déménagé d’une base militaire à l’autre une quinzaine de fois, en plus de vivre en Pologne pendant quatre ans.

C’est en tant qu’adulte que j’ai vraiment pris conscience de l’impact de ne pas forcément avoir de racines. Lorsqu’on me demande d’où je viens, je réponds que je suis née au Québec. Je suis Québécois et Canadien, mais j’ai des racines partout au pays. Le positif c’est que ça permet de l’adaptabilité, de la flexibilité, mais pour déterminer qui on est vraiment, ça prend un peu plus de temps, » raconte Héloïse, l’aînée de la famille, qui vit alternativement à Kuujjuaq et à Montréal.

Vivre avec des parents militaires est un microcosmeajoute Joey, le deuxième de la fratrie, qui est conseiller politique au cabinet ministériel du Québec. C’est plus tard que vous voyez l’impact sur votre perception des enjeux de la vie. Cela renforce votre peau, car vos relations interpersonnelles doivent encore être développées.

De gauche à droite : Héloïse Chartrand, Micheline Laurencelle, Stéphane Chartrand, Noémie Chartrand et Joey Chartrand.

De gauche à droite : Héloïse Chartrand, Micheline Laurencelle, Stéphane Chartrand, Noémie Chartrand et Joey Chartrand.

Photo : Micheline Laurencelle et Stéphane Chartrand

Noémie, la plus jeune, qui habite à la base militaire de Borden, en Ontario, s’est jointe à la conversation par vidéoconférence. Elle a suivi les traces de son père et est conductrice d’équipement de soutien mobile dans les Forces armées canadiennes. J’ai vu mon père partir à l’aéroport et je ne comprenais pas pourquoi il partait, mais quand j’étais jeune, nous sommes restés à Kingston pendant un certain temps, donc je l’ai souvent vu. Pour moi, le travail de mon père était quelque chose de grand» dit-elle avec beaucoup d’admiration dans la voix.

Il y a de la fierté et de l’incompréhension quand on est enfant. D’une part, on ne comprend pas son métier, car il n’en parle pas à la maison et on ne peut pas l’interroger, à cause de la nature de son métier (intelligence). En même temps, vous êtes fier, car vous voyez que ce qu’il fait est important.

Il a établi son code d’éthique dans sa famille, discipline, respect, droiture, éthique, mais il y avait d’autres comportements plus néfastes. Son travail est difficile, il y avait de la colère qui transparaissait, non pas physiquement, mais dans le ton de la voix. Les cris étaient quotidiens, il y avait une période où c’était durdit le fils en toute transparence.

Le reportage de Karine Mateu sur le sujet sera présenté dans l’émission Tout terraindiffusé sur ICI Première, dimanche à 10 heures h.

Longues absences

Bienvenue aux filles de Caleb 2.0lance d’emblée Micheline Laurencelle, la compagne de Stéphane Chartrand qui a été présente à toutes les étapes de la vie de son mari militaire.

Nous nous sommes rencontrés en 82 et nous nous sommes mariés en 86. Je voyais déjà dans quoi je m’embarquais, il est parti deux fois dans l’année, mais je voulais avoir des enfants. Je suis donc resté à la maison par choix. Je me suis dit que tant que je ne verrai pas leur père, je vais leur donner mes défautssouligne-t-elle en souriant.

Micheline Laurencelle et ses enfants Joey et Héloïse dans les rues de Varsovie, Pologne, en 1993.

Micheline Laurencelle et ses enfants Joey et Héloïse dans les rues de Varsovie, Pologne, en 1993.

Photo : Micheline Laurencelle et Stéphane Chartrand

Il y a eu de longues périodes où elle était seule avec les enfants et les défis que cela entraîne.

J’ai deux enfants séparés de 18 mois et nous n’avons qu’un seul salaire. J’habitais au seuil des familles ouvrières des années 50. Pour retirer de l’argent à la banque même avec un compte joint, il fallait l’autorisation du marise lamente-t-elle. Il fallait être vraiment débrouillard. J’ai fait du bénévolat. S’il n’y avait pas de services, il fallait les trouver ou les créer. Nous l’avons fait avec des bras de femmes !

Quand il y avait de la glace. Il est venu travailler, il m’a dit : « Je pars dans deux heures », il est revenu deux mois plus tard.

Retours de missions difficiles

Sur la table se trouve une pile d’albums de photos de famille, dont plusieurs ont été prises dans les rues de Varsovie, en Pologne, lorsque les enfants étaient jeunes. Des souvenirs pour la plupart heureux, mais aussi sombres, car les missions laissent des traces, certaines plus que d’autres.

Au retour de sa mission, mon père n’était plus le même. Mais il y a surtout eu un schisme entre les 10 premières années de notre vie et les 10 autres qui ont suivi son retour du Timor oriental, vers les années 2000. Il avait une joie de vivre qui disparut et qui ne revint qu’à sa retraite.

Le père que j’ai actuellement n’est pas celui que j’ai eu au lycée et c’est tant mieux.ajoute Noémie.

La raison de cet état, c’est que dans les Forces, c’est « situation, mission, exécution ». C’est comme ça au travail, mais aussi à la maison. Même en vacances, on pense toujours aux événements qui vont suivre. Nous sommes toujours hyper vigilantsexplique le principal concerné. En faisant cela, vous créez une distance avec votre famille. Tu voulais nous protéger, mais nous le sentions quand mêmeajoute, à son tour, Héloïse.

Héloïse et Joey Chartrand devant un drapeau canadien.

Héloïse et Joey Chartrand à Varsovie en 1993.

Photo : Micheline Laurencelle et Stéphane Chartrand

Reconnaissez vos émotions

Il est clair que les missions, comme celle au Timor oriental, ont eu un impact profond sur Stéphane Chartrand. Ces missions sont-elles pertinentes, compte tenu de leur impact sur les militaires déployés ? Comment alors faire la paix avec ces missions ?

Il y a une ambivalence. Je suis fier de mon père et je pense que cela a une importance pour l’armée et en même temps, vous vous demandez : quand est-ce qu’on s’implique ? Que signifie défendre la démocratie ? Pourquoi envoyons-nous nos gars à l’autre bout du monde ? Mais tu n’as pas le choix d’y croire pour ne pas avoir l’impression de perdre ton père pour rienintervient Héloïse. En même temps, lorsque vous êtes dans l’armée, je pense que vous devez aussi être honnête quant aux impacts que vos actions ont sur vous, mais aussi sur les communautés où vous êtes.

Pour Micheline, la raison de ces missions, ce sont les gens. C’est sacrifier sa vie pour que d’autres humains puissent survivre ou améliorer sa vie, mais il n’y a rien de parfait.elle philosophe.

Au Timor oriental, je sais que dans chaque village, cela a pris du temps, mais la situation s’est énormément améliorée. Quelque part, le Canada et le groupe d’entreprises ont fait leur part, c’est à dire d’un point de vue opérationnelrépond le vétéran.

D’un point de vue personnel, plusieurs domaines restent secrets, même de la part de ses enfants, mais les travaux semblent avoir commencé. Avant de quitter les Forces, je ne connaissais même pas la définition de l’émotion. Je l’ai appris une fois à la retraiteil confie.

Une inspiration

Noémie Chartrand, la benjamine de la famille, lors de sa qualification pour son cours de recrue en 2018.

Noémie Chartrand, la benjamine de la famille, lors de sa qualification pour son cours de recrue en 2018.

Photo : Micheline Laurencelle et Stéphane Chartrand

Cette conversion ne décourage pas la cadette, Noémie, qui est également dans les Forces armées canadiennes. Les temps ont changé, les conditions se sont améliorées et elle est fière de son travail, mais surtout de son père.

Je suis dans les Forces depuis six ans et je comprends de mieux en mieux ce qu’a vécu mon père. Cela m’ouvre les yeux sur sa carrière. J’ai beaucoup de respect pour mon père et je sais qu’il y a eu des moments difficiles, mais c’est un héros pour moi.

Papadit-elle en s’adressant directement à lui, tu as accompli beaucoup de choses dans ta carrière et ça me donne envie d’évoluer et de continuer sur mon chemin, vraiment !

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