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Nouvelles canadiennes

« Sad Tiger » de Neige Sinno : toujours en train d’écrire sur l’inceste

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tigre triste

Neige Sinno

POL, 288p, 20 €

tigre triste semble poursuivre la trace de plusieurs histoires intimes récentes révélant des violences et des abus sexuels subis par des enfants – on pense évidemment àConsentementpar Vanessa Springora, ou à La grande famille de Camille Kouchner. Comme ces œuvres, tigre triste crée l’événement, suscite le débat, bat des records de ventes et figure au palmarès des prix littéraires les plus prestigieux. On passerait cependant à côté de la singularité du livre pour le limiter au statut, aussi enviable soit-il, de « témoignage littéraire » réussi.

Il existe en effet une histoire, qui met en scène, dans un village alpin, les viols perpétrés sur la petite fille qu’elle était par son beau-père, un bel homme charismatique et colérique, amoureux de la haute montagne et de Johnny Hallyday. Mais elle l’interrompt («D’accord, je vais m’arrêter là… je n’y arrive pas») le commente, le critique, puis le reprend. Le texte est traversé par ces questions, ce doute permanent… L’auteur s’inquiète donc de sa réception, ne souhaitant pas « pas beaucoup de lecteurs. Parce que ce serait une manière d’exister en littérature non pas à travers mon écriture mais à travers mon sujet, qui a toujours été mon obsession. Son ambition est donc esthétique ? Pas plus : « Par contre, faire de l’art avec mon histoire me dégoûte. » Ni forum judiciaire, ni travail raffiné. « Qu’est-ce qui est alors souhaitable ? Rien, c’est justement ça le problème. Je n’ai pas trouvé de solution pour en parler. »

Échos

Le livre doit se justifier par l’écriture elle-même : plus qu’un témoignage, c’est un chantier à ciel ouvert, la recherche d’une forme adéquate et la quête du langage juste pour raconter l’expérience de l’inceste, pour que le sujet et la forme se justifient chacun. autre. Et pour ce faire, elle varie les points de vue, les perspectives, configure les anecdotes sans être tenue par une chronologie stricte, insère des articles de presse ou des documents judiciaires. Le lecteur sera toujours déconcerté, croyant s’installer dans tel rythme, ou tel ton : ainsi succèdent à distance analytique et réserve stylistique des séquences d’une terrible crudité, nous confrontant avec une précision anatomique aux actes du violeur.

Surtout, l’auteur nourrit sa réflexion en évoquant d’autres livres ou œuvres d’art qui l’ont marquée, faisant écho à des souffrances qu’elle a pu croire uniques. Lolita fait l’objet d’une très belle lecture, qui distingue Nabokov de son personnage, le pédophile Humbert ; on croise aussi, entre autres, Angot, Carrère, l’Américaine Margaux Fragoso, le dessinateur Claude Ponti, Toni Morrison ou encore des contes du Mexique, où elle a longtemps vécu. Il ne s’agit pas de constituer une anthologie littéraire de l’inceste, mais plutôt de s’interroger sur les possibilités du langage, d’explorer les options, face au caractère innommable du crime et surtout face au constat terrible qui hante Neige Sinno : ce le crime a forgé sa personnalité, elle l’est dans ses faiblesses, mais aussi dans ses forces, dans sa vie de femme et de mère toujours aux aguets. Et ce livre même le confirme.

A quoi ça sert de l’écrire, alors ? Elle a dénoncé le violeur il y a longtemps, il a purgé sa peine et elle ne croit pas à la thérapie par l’écriture. Malgré tout, elle le fera « écrivez-le quand même, dans une sorte de rébellion insensée » pour briser le tabou, pas le viol, « mais d’en parler, de le considérer, de l’analyser ». Plus encore, pour manifester la liberté. «Pourquoi est-ce que j’écris ce livre? Parce que je peux. »

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