Rowing rows difficile à féminiser

Plus de dix ans après le lancement du plan de féminisation du sport lancé en 2012 par la ministre des Sports de l’époque, Valérie Fourneyron, le constat est là : si des progrès ont été enregistrés en matière d’accès à la pratique du sport (37,8 % des diplômés en 2021) et la présence des femmes dans les instances dirigeantes (38,5 %), le secteur des cadres techniques peine encore à se mettre à niveau. Il n’y a que 19% de femmes.

Quels sont les freins et comment les relâcher ? La Fédération française d’aviron a décidé de s’attaquer à ces problèmes il y a trois ans, en faisant de l’égalité entre les femmes et les hommes une de ses priorités. Elle mène un projet global de féminisation pour lequel elle bénéficie d’une aide distribuée par le Fonds de dotation Impact Paris 2024.

A compétence égale mais plafond de verre

Premier objectif : comprendre le phénomène. Pour ce faire, la FFA collabore avec le Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport (L-Vis) de l’Université Lyon 1. Après une première enquête en 2021 auprès des femmes leaders au sein de la FFA, une seconde sur l’encadrement technique vient de révéler ses résultats. Certains déboulonnent quelques clichés, estimant notamment que les femmes ne sont pas assez qualifiées ou expérimentées pour se présenter aux postes d’entraîneures. Sauf pas du tout. L’étude souligne qu’au sein de la FFA les cadres techniques hommes et femmes ont des compétences académiques et sportives absolument similaires.

Cependant, les femmes sont beaucoup plus souvent des assistantes, enseignant aux jeunes plus qu’aux adultes, et au niveau régional plutôt que national ou international. Le traditionnel « plafond de verre », que l’on retrouve souvent dans la société, est sans surprise à l’œuvre. Les femmes sont également en situation plus précaire (66% en CDI contre 81% pour les hommes) et moins rémunérées (seulement 3% à plus de 2 500 € par mois contre 19% pour les hommes). L’étude montre aussi qu’elles abandonnent le métier plus tôt que les hommes, sont moins souvent en couple et moins susceptibles de connaître l’expérience de la parentalité.

De plus, « 29% des femmes ont identifié le problème des propos sexistes », note l’étude. « Cet ouvrage permet de faire un constat indéniable et de faciliter une prise de conscience qui n’en est souvent qu’à ses balbutiements dans le monde du sport.souligne Marine Romezin, consultante experte sur les questions d’égalité dans le sport. Il s’agit alors de travailler sur un rééquilibrage, ce qui demande une méthode, des outils et du temps. »

« Un écosystème qu’il faut bouleverser »

Cette démarche, la FFA l’a lancée en 2021 pour améliorer la représentation des femmes dans les instances dirigeantes. Elle le lance cette année pour ses entraîneurs et responsables techniques. « Notre première action est de mettre sur pied des communautés de pratique inspirées d’un organisme québécois – Égalité action – que nous avons rencontré à Montréal fin 2022.explique Hélène Gigleux, conseillère technique nationale à la FFA qui travaille sur la féminisation depuis 2012. Ce sont des groupes de 12 participants qui échangent sur les enjeux de leur métier. La première communauté en février était destinée aux entraîneures professionnelles. Les opportunités manquent pour ce type d’échange et les managers peuvent parfois se sentir isolés. »

Partage d’expérience, constitution de réseaux (les femmes étant plus rares, les solidarités de ce type sont aussi moins fréquentes), interrogations sur les freins qui poussent certains à abandonner un métier-passion, « Les gens commencent à réaliser toutes les interconnexions qui existent avec nous et que c’est un écosystème qu’il faut perturberpoursuit Hélène Gigleux. Nous savons l’importance des modèles, et le fait que nous ayons de plus en plus de conseillers techniques régionaux, par exemple, devrait aider à changer les représentations et créer un effet boule de neige. Mais tout cela bien sûr ne se fait pas du jour au lendemain. » Raison de plus pour ne pas traîner. Après les dirigeants et les techniciens, la FFA entend demain s’attaquer à la féminisation d’un autre secteur, celui des arbitres.


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