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Nouvelles canadiennes

Quand le sport mène à l’addiction | Vous avez vu?

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Toute personne physiquement active s’est probablement sentie coupable de manquer une séance d’entraînement par manque de temps ou de motivation. Pour une minorité d’athlètes, la privation va bien au-delà de la culpabilité et conduit plutôt à une détresse psychologique et physique.

Ce trouble mal défini et peu étudié par la communauté scientifique porte un nom : dépendance à l’activité physique.

Le sociologue Nicolas Moreau a voulu documenter cet état en intervenant dans le quotidien de 17 sportifs qui se définissent comme accros au sport.

Ce sentiment d’être un drogué, d’avoir besoin de faire de l’exercice, ce n’est pas seulement dans ma tête, c’est dans mon corps. Un accro au sport sans sa dose devient irritable, agité, ne dort pas bien et a même du mal à prendre des décisions. J’éprouvais une sorte de manque lorsque j’étais malade.

Le professeur à l’École de travail social de l’Université d’Ottawa a rencontré des amateurs de course à pied, mais aussi de cyclisme et de musculation. Leurs longues sessions de formation étaient des moments idéaux pour mener des entretiens approfondis.

Il n’y a pas de critères fixes, il n’y a pas de test biologique qui vous dira : « Je suis toxicomane ou je ne fais pas de sport »explique Nicolas Moreau.

Cependant, les participants ont tous décrit un sentiment d’absence lorsqu’ils ont été privés de leur entraînement, le plus souvent en raison d’une blessure.

Cela devient une partie de vous et lorsque vous en êtes privé, vous n’êtes pas complet. Et quand on ne le fait pas (…) c’est presque comme du repli, a souligné Ben* lors de sa rencontre avec le sociologue. Si je passe une semaine sans entraînement, je ne vais pas bien, je ne me sens pas bien.

Les notions d’habituation et de tolérance ont également été abordées puisque les athlètes doivent constamment augmenter leur charge d’entraînement pour ressentir la même satisfaction.

Étant accro, il est difficile de s’arrêter. Cela ressemble à une privation. C’est comme une cure de désintoxication, en quelque sorte. (…) Il y a un côté de l’addiction où on ne peut pas bien vivre sans. Vous ne pouvez pas arrêter de fumer sans être préparé et sans raison valable.

Le fait que des sportifs se décrivant comme addictifs parviennent à faire en sorte que leur pratique sportive ne nuise pas systématiquement à d’autres aspects de leur vie constitue un aspect qui se distingue des addictions plus courantes.

La spécificité dudépendance dans le sport, ce sont des gens qui fonctionnent bien socialement, reconnaît Nicolas Moreau. Ce sont généralement des gens aisés. Dans mon échantillon, j’en avais la moitié qui gagnaient plus de 100 000 $ (revenu annuel). Pour un trouble de santé mentale, entre guillemets, ce n’est pas courant. C’est pourquoi c’est un dépendance qui passe de manière invisible, car ce sont des gens qui fonctionnent très bien.

L’addiction au sport pourrait s’apparenter à la bigorexie (dysmorphie musculaire), un trouble reconnu en 2011 par l’Organisation mondiale de la santé comme faisant partie des addictions comportementales, comme l’addiction au jeu, aux achats compulsifs ou aux jeux vidéo. vidéo. (Source : Sportaide.ca)

Nicolas Moreau estime qu’il y a une nuance.

La bigorexie, d’après ce que j’ai compris, est plutôt une dépendance à l’image, tandis que ledépendance Après l’activité physique, avoir un beau corps est secondaire.

Une addiction doux

La dépendance au sport n’est pas un concept nouveau et est depuis longtemps associée aux troubles de l’alimentation. Pourtant, au terme de sa revue de la littérature et des échanges qu’il a eus avec les quelques spécialistes du sujet, Nicolas Moreau estime que l’addiction à l’activité physique peut se manifester sans lien avec les troubles alimentaires.

Un homme s’entraîne

Photo : Getty Images/Edwin Tan

Autre constat, la communauté médicale s’est probablement montrée peu intéressée par le sujet car cette addiction est considérée comme bien moins nocive que la consommation de drogues dures par exemple.

Ce qui veut dire que c’est une addiction qui n’est pas comme les autres, on m’en a parlédépendance doux contre un dépendance ce qui serait difficile ou dépendance ce qui serait compliqué. C’était comme une addiction avec une aura de positivitéaffirme le sociologue.

Quand j’ai réalisé que j’étais accro au sport (…) j’ai consulté (un psychologue). Je me souviens lui avoir dit : « J’ai un problème, je suis un passionné de sport, c’est malade. » Il a répondu : « C’est sain, pourquoi vous embêtez-vous avec ça ? » et je me suis dit : « Non, ce n’est pas sain ».(…) Il ne voulait pas en savoir plus, il a balayé le sujet sous le tapis, comme pour dire : « On ne parle pas d’un problème ça n’existe pas. »

De plus, la Santé publique lutte depuis plusieurs années contre la sédentarité et insiste, à travers des recommandations, sur le fait qu’il faut toujours bouger davantage.

On est dans une société où on ne bouge pas assez, analyse Nicolas Moreau. Ainsi, du fait que très peu de gens bougent trop, la médecine ne veut pas y gaspiller son énergie. En fait, nous n’en sommes tout simplement pas là socialement parce qu’il y a d’autres problèmes. Il y a le problème de la sédentarité qui crée objectivement bien plus de problèmes que celui dedépendance au sport, qui touche un pourcentage plus limité de personnes.

C’est comme les drogués ou des alcooliques. Ils boivent ou prennent de la coca parce qu’ils se sentent comme la meilleure version d’eux-mêmes lorsqu’ils consomment. Lorsqu’ils n’en prennent pas, ils ne savent plus qui ils sont et ils feront tout pour trouver le médicament de leur choix. Ils mentent pour se saouler, ils y mettent tout leur argent. C’était moi l’année dernière, mais dans un contexte différent. Toute mon estime de soi, soit 90 %, était liée à qui j’étais en tant que cycliste.

Mais pourquoi s’y attarder alors ?

L’addiction au sport peut avoir des répercussions sur la santé physique, puisque la surcharge d’entraînement entraîne inévitablement des blessures. Mais le manque peut aussi conduire à la dépression.

Nicolas Moreau lui-même peut en témoigner puisqu’il est candidat depuis plusieurs années et a subi les effets du dénuement.

J’ai eu un problème de tendon pendant un an. Je suis allé voir mon médecin et j’ai demandé des médicaments, parce que ça n’allait pas du tout, explique avec beaucoup de pudeur le sociologue. Je pleurais. Finalement, dès que j’ai recommencé à courir, c’était fini, j’étais complètement content.

Une addiction qui rime avec performance

L’article du professeur de l’Université d’Ottawa soulève plus de questions qu’il n’en répond. En se plongeant dans l’univers des accros à l’activité physique, le sociologue s’interroge : Qu’est-ce que cela dit sur notre société ?

Chaque participant à son étude a montré un parcours unique, mais le besoin de quantifier les entraînements et les performances n’était jamais loin.

Ma dépendance à l’exercice vient d’une dépendance à la performance. (…) Avec les statistiques, c’est facile de se présenter comme étant performant dans le sport. Nous gagnons une couronne sur Strava un matin et nous nous disons : « Ça y est ! Je vais très bien. » (…) Pour vous dire comme c’est pathétique, parfois je pars très tôt le matin parce que c’est plus sûr quand je ne fais pas les arrêts obligatoires. (…) Quand on se met à rouler sur des feux rouges ou des arrêts brûlants pour avoir une couronne sur Strava, ce n’est pas sain.

On ne peut pas dire qu’il y a un lien de cause à effet, mais c’est sûr que nous sommes dans ce contexte (…) Nous sommes dans une société où nous sommes responsables de notre corps ou de sa santé, explique Nicolas Moreau. Il y a une norme d’autonomie, ou de responsabilité qui est importante, qui régule un peu les comportements, c’est-à-dire qu’il faut prendre sa santé en main.

Un cycliste gravit une colline au coucher du soleil.

Un cycliste

Photo : Associated Press / Éric Gay

Nous sommes également de plus en plus bombardés, dans les médias traditionnels et les réseaux sociaux, d’histoires de réussite sportive ou de dépassement de soi.

Quand j’ai commencé à courir, il y a 25 ans, faire un marathon était exceptionnel. Aujourd’hui c’est courant, maintenant c’est les ultra-trailsnote le sociologue.

En mettant en avant cette dépendance, Nicolas Moreau espère que le milieu médical commencera à y réfléchir ou, du moins, à garder cette possibilité en tête lorsqu’il s’agira de soigner un sportif.

Il est aussi important pour moi que les professionnels de la santé, donc les physiothérapeutes, les kinésiologues, les psychologues du sport, etc., soient incités à voir les signes de sevrage, à essayer d’avoir cette compassion. Non pas pour essayer à tout prix de remettre l’athlète sur pied tout de suite, mais pour essayer de comprendre, en fait, pourquoi il a cela, et pour essayer de l’amener vers une pratique de sport qui soit peut-être plus saine.

Je consulte un psychologue depuis des années et (…) sa première question est toujours : « As-tu couru avec ta montre ? As-tu publié ta balade à vélo sur Strava ? » Parce que, finalement, je dois m’en détacher pour réapprendre à prendre du plaisir en faisant du sport. (…) Je crois que ce sera un défi pendant plusieurs mois, voire années, de toujours me poser la question : « Si je publie sur Strava, ou si je fais du vélo, est-ce pour le plaisir ou est-ce que j’essaye me prouver que je suis bon ou efficace ? »

Et pour ceux qui se reconnaissent dans ce rapport au sport qui n’est plus toujours sain, mettre des mots ou un nom sur leur condition est un pas dans la bonne direction.

Je dis à mes étudiants qui commencent une thèse : « Vous savez, la thèse, ce n’est pas vous. Ce n’est pas parce que vous allez faire une bonne thèse que vous êtes une bonne personne, et vice versa. » C’est important de se détacher et je pense que c’est la même chose avec le sport, car il y a beaucoup de gens qui s’identifient complètement à cette identité sportive.

Et parfois il faut aussi prendre du recul, mais c’est justement ce que je ne peux pas faireconclut le professeur.

*Les noms sont fictifs et les témoignages sont tirés de l’article Incarner ou résister à la normativité sociale ? Une enquête charnelle sur les expériences de dépendance à l’exercicepublié dans le Sciences sociales et médecine en mai 2023.

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