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Nouvelles canadiennes

« Pour nous, juifs, Dieu s’est « incarné » dans la parole biblique »

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Comment lire la Bible ?

Rivon Krygier : Précisons d’emblée que la Bible juive n’est pas identique à la Bible chrétienne. Même certains livres de l’Ancien Testament ne figurent pas dans le canon juif, comme les deux livres des Macchabées qui font pourtant l’objet de la fête de Hanoukka qui célèbre la dédicace du Temple. La Bible hébraïque contient la Torah – que les chrétiens appellent le Pentateuque –, les Prophètes et les Écritures saintes. Et comme vous le savez, pas le Nouveau Testament.

Notre manière de lire la Bible n’est jamais une simple lecture littérale, mais avant tout une question d’interprétation, de mise en perspective. Il s’agit de chercher dans le texte tout ce qui n’est pas explicite mais implicite, ou tout ce qui est connecté à d’autres parties ou éléments de la Bible entière, en réseau, afin de construire un commentaire en résonance.

Lisez-vous seul ou en communauté ?

RK : Dans la tradition juive, on ne lit jamais la Bible seul. Même lorsque j’étudie un texte seul, je le fais à travers les commentateurs qui se sont rassemblés autour de lui. C’est une grande conversation entre le texte qui parle et tous ceux qui, depuis la Révélation, ont lu ces versets et en ont fait des interprétations.

La lecture publique est très courante. On le retrouve également dans les Évangiles. Jésus se rend à la synagogue le samedi matin et fait des commentaires. Lorsque l’on sort la Torah du placard sacré, c’est une sorte de réitération de la Révélation. La Torah solitaire devient soudain visible, accessible. On le passe en procession, on le pose sur la table, on ouvre le Sefer, le parchemin. La communauté entière entend la voix, la parole de Dieu qui lui parle. Ensuite, une personne instruite qui n’est pas nécessairement le rabbin est appelée pour faire un commentaire sur la tradition. C’est un exercice spirituel et intellectuel.

Quelle est la spécificité de cette expérience ?

RK : C’est déconcertant car les différents commentaires n’expliquent pas le texte. Ils rendent les choses plus complexes. Ils forment un immense référentiel disponible qui permet d’avoir une vision multiple du texte, avec des points de vue différents, parfois contradictoires. Un élément important du judaïsme est que nous n’avons pas nécessairement besoin de supprimer la contradiction. Nous souhaitons au contraire aborder le texte avec cette pluralité de perspectives afin de ne pas le réduire à une seule dimension.

L’exégète tirera donc du texte et des commentaires des éléments qui l’éclaireront sur la vie d’aujourd’hui, sur des questions morales et spirituelles, qui peuvent aller bien au-delà de la question du sens originel du texte. Cette recherche de cohérence et de résonance, de continuité entre le texte et notre époque contemporaine, est un défi permanent.

Par exemple, quel lien faites-vous entre le texte biblique et la vie contemporaine ?

RK : Nous venons de commencer le cycle de lecture de la Genèse. Dans les premiers chapitres, il y a la dispute entre Caïn et Abel, dont nous ne connaissons pas la raison. Certes, on peut penser que Caïn est jaloux d’Abel parce que Dieu a accepté l’offrande de son frère et non la sienne. Mais rien n’est dit explicitement. À un moment donné, le texte dit : « Caïn dit à Abel… », et il y a comme un blanc. Immédiatement après, le texte ajoute que Caïn a tué Abel. Cette lacune du texte ouvre un formidable champ d’interprétation. L’ancienne exégèse rabbinique, le Midrash, a donc tenté de mettre des mots dans la bouche de Caïn.

Qu’a-t-il dit à Abel ? Qu’est-ce qui a causé le premier homicide symbolique de l’histoire ? Certains rabbins disent qu’ils se battaient pour la même femme, d’autres qu’ils se battaient pour la terre. L’un des problèmes était qu’ils se disputaient pour savoir où construire le temple : sur le pays de Caïn ou sur le pays d’Abel ? Le blanc laissé laisse penser que les paroles échangées étaient un dialogue de sourds.

Comment les Juifs perçoivent-ils la Torah : est-elle la voix, la parole de Dieu ?

RK : D’un point de vue traditionnel, le texte est révélé. Un très beau verset de la Bible (lu avec l’hébreu) ​​dit qu’au Sinaï « le peuple vit les voix ». C’est une figure de style qui fait référence à l’expérience surnaturelle de la Révélation : la Parole divine s’exprime et se condense dans des lettres qui prennent forme. Nous voyons encore ces voix aujourd’hui parce que lorsque nous regardons les mots du texte, ils résonnent dans nos cœurs et nos âmes.

Cependant, un texte biblique ne parle jamais seul. Même si j’affirme que c’est Dieu qui a parlé, qui a dicté chaque lettre, il y aura toujours un être humain, un groupe pour la lire et la comprendre depuis son prisme. Le texte lui-même ne dit pas tout. La vocalisation (en hébreu) ​​décidera de la grammaire, de la structure, des mots. Cependant, on peut toujours relire le texte en vocalisant les mots différemment. Le texte reste dynamique. C’est donc la Parole divine, médiée par l’accueil de Moïse, des prophètes et des fidèles qui s’étend à l’infini.

Poursuivre ce dialogue avec le texte est-il une manière de faire exister la Torah ?

RK : Absolument. Exister, d’un point de vue étymologique, c’est « sortir de soi ». A partir du moment où le texte entre en résonance avec notre vie, là où il nous interroge, alors Dieu parle. Il n’est plus une abstraction. D’une certaine manière, on pourrait dire que « Dieu s’est fait Torah », s’est « incarné » dans sa parole. C’est la médiation par laquelle nous accédons au divin.

Un principe ancien de l’époque de la Mishna (la base de la loi orale de la Torah) dit que « la Torah vient du ciel ». Le souffle de Dieu le traverse. Mais dans le Talmud, le principal recueil de commentaires qui suit, nous trouvons une histoire merveilleuse qui raconte une controverse entre rabbins sur un détail de la loi. L’un d’eux, en colère, dit : « Si j’ai raison, qu’un tel miracle se produise », et ainsi il continue de produire des miracles pour prouver qu’il a raison. Un autre rabbin intervient : « Ça suffit. Tous ces « feux d’artifice » n’ont aucune validité »et de citer un verset du Deutéronome qui dit que le « La Torah n’est pas au paradis ». Elle vient du ciel, mais elle n’est plus au ciel. Elle nous a été confiée. La Torah a beau être révélée, le sens de la parole divine relève de la responsabilité humaine. Cela fait débat et c’est à la majorité des rabbins d’en décider le sens.

Nous ne sommes pas simplement des récepteurs, mais des acteurs, des partenaires de ce discours. Cela implique de ne pas rester dans une obéissance passive ou un conservatisme total, mais de se poser sans cesse la question de la pertinence, de l’adéquation à la réalité.

Peut-on lire la Bible de la même manière après la Shoah ?

RK : Tout théologien sérieux ne peut ignorer la Shoah. Le peuple juif conserve un traumatisme si puissant que, à la quatrième génération, nous en restons durablement marqués. Mais quand on est juif et héritier de la Bible, on n’a pas le droit de se laisser piéger dans un traumatisme. S’il y a un commandement, c’est bien : « Vous sortirez du traumatisme. » Cela doit accroître notre envie de résilience et de lutter, sans illusion mais avec détermination, pour que l’humanité devienne plus fraternelle. « On lit la Bible pour résoudre l’équation de la fraternité »selon la formule saisissante d’un de mes maîtres, Léon Ashkénazi.

Le grand principe du judaïsme est que nous sommes dans le monde pour servir Dieu. L’essentiel n’est pas les faveurs que Dieu nous accordera, mais ce que nous ferons de sa parole en nous efforçant de nous élever moralement et spirituellement vers Lui. Dans la Genèse, l’une des premières questions que Dieu pose à l’homme est :  » Où es-tu ? «  Où es-tu situé? C’est la grande question qui nous interpelle constamment, nous invite à ouvrir la Bible et « voir les voix ».

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