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Nouvelles canadiennes

« Pour Michel Serres, regarder le rugby, c’est avoir accès aux mécanismes profonds de la nature humaine »

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L’engouement pour la Coupe du monde de rugby est fort. Qu’est-ce que le public recherche dans ce sport et qu’est-ce qu’il apprécie en le regardant ? Michel Serres a émis l’hypothèse que le rugby parle de nous et de notre époque. Le philosophe qui nous a quitté en 2019 n’a cessé de faire des références au rugby pour éclairer notre humanité.

Si Michel Serres aimait le rugby et le jouait comme trois-quarts ailier, c’est d’abord parce qu’il l’a reçu comme une ethnologie. Il aimait rappeler qu’il était né en 1930, l’année où Agen fut champion de France en battant Quillan. Agen, Quillan, deux petites villes.

« Michel Serres est passé sur l’autre rive »

Avant d’être un sport mondialisé, Michel Serres soulignait que le rugby en France était un sport de paysans et de pêcheurs. « Un homme de mon âge ne peut qu’être surpris par l’expression « Coupe du Monde »Pour quoi ? Parce que le rugby est né dans une petite ville anglo-normande – la terminaison en -by, comme dans derby, rugby, etc., signifie « village » dans l’ancienne langue des Normands qui avaient envahi l’Angleterre. (1).

Le témoignage de notre humanité

Le rugby s’est donc mondialisé et professionnalisé. S’il constate et déplore le poids de l’argent, Michel Serres voit plus loin. Pour lui, le rugby est un témoin de ce qui se joue inlassablement dans notre humanité. Regarder le rugby, c’est avoir accès aux mécanismes profonds de la nature humaine, aux plaques tectoniques qui régulent l’être en société et notre rapport au monde.

« Petite Poucette », pour Michel Serres la jeune génération va tout réinventer

Dans le sport d’équipe, le ballon est un connecteur de relations. C’est lui qui crée le lien entre les différents joueurs, c’est lui qui fait l’équipe. Sur le terrain, le ballon tisse des liens, il construit un réseau de relations et fait exister un groupe d’autant plus constitué qu’il interagit. « La boule visible tisse le lien social invisible. C’est pour cela que je parle de politique. » Face à l’importance de ce ballon qui devient opérateur du lien social, Michel Serres propose de relire nos collectifs sous cet angle.

« Qui passe à qui ? » devient donc une question centrale pour toute analyse de la vitalité ou de l’unité d’un groupe. Qui passe à qui, c’est-à-dire qui joue personnellement, qui ne donne pas l’information et pour quelles raisons, qui refuse de recevoir des ordres ou des instructions de qui… Autant de questions pertinentes pour en savoir plus sur une organisation.

Un collectif peut vivre

D’autant que, au rugby, les passes ont lieu entre des joueurs très différents les uns des autres, qui ont peu de points communs sur le plan physique. « Hercules en première ligne, géants en deuxième ligne, coureurs en troisième ligne – c’était ma place – des demis de mêlée plus petits, flexibles, agiles et intelligents ; derrière, les demis d’ouverture doivent être dotés d’un bon coup de pied ; enfin, des espèces de gazelles, rapides, incisives, jouent aux trois quarts » (2). En prenant en compte la singularité – notion si chère au philosophe – le rugby est bien le signe qu’un collectif peut et vit d’autant mieux qu’il se construit sur la différence de ses membres.

Pour Michel Serres, le rugby est donc le reflet des enjeux de l’action politique. Mais le rugby montre que faire société nécessite de gérer la violence, que la violence naît précisément lorsque des liens forts existent et des contacts nombreux. « La violence fait partie du lien social, Michel (Polacco). Le problème de la politique est toujours de gérer cette violence qui fait partie du lien social » (3).

Étant un sport de contact, le rugby rend visible ce risque de violence et tente de réguler la violence des impacts à travers tout un ensemble de règles très complexes. Cette place vitale de la règle fait de ce sport un apprentissage en chair et en os de ce que sont la limite et la loi. « Dans des sports de plus en plus violents, comme le rugby, les règles sont là justement pour que la violence ne dépasse pas un certain seuil et ne soit pas dangereuse. J’ai l’impression que le rugby, par exemple, est une excellente école de droit : l’arbitre fait respecter la loi, fait respecter les règles, et la loi n’y est pas enseignée dans des livres, ni dans des codes. , mais est enseigné à travers le corps et dans la conduite du corps » (4).

Un sport de voyous joué par des gentlemen

C’est précisément cette maîtrise et ce maintien qui explique l’expression selon laquelle « Le rugby est un sport de voyous joué par des gentlemen ». Michel Serres témoigne que sur le plan personnel, c’est en jouant au rugby qu’il a appris le respect et la dimension contractuelle du respect. « Je devais respecter l’adversaire et l’arbitre. Et j’ai respecté l’adversaire parce qu’il me respectait. Il m’a mis dans des conditions données. S’il avait été violent, j’aurais été assez violent. J’ai appris ce respect mutuel sur le terrain… » (5).

Mais si le rugby est politique, il est aussi religieux. Comme tous les sports, le rugby crée des héros qui deviennent des dieux sous le regard admiratif des supporters. C’est cet attachement, ce « religare » qui constitue la racine de la religion. Michel Serres note que cette démarche sociologique est ancienne et qu’elle est analogue au totémisme ou au polythéisme.

Mais dans cette dynamique venue du plus profond de la nature humaine, le rugby, grâce aux joueurs du Pacifique, des Fidji ou des Samoa, offre une autre dimension. Ils soulignent que ces acteurs issus de peuples ont longtemps considéré des « sauvages », « se rassemblent à la fin du match de rugby : qu’ils soient partenaires ou adversaires, ils se reconnaissent, ils se prennent par les épaules, ils s’agenouillent au centre du terrain… et ils se mettent à prier – remercier Dieu » (6).

Et Michel Serres voit dans ce décalage une leçon sur nos propres préjugés. « Et je vous pose la question… qui sont les sauvages ? Qui sont les nouveaux sauvages ? Quel retournement extraordinaire dans notre histoire, n’est-ce pas ? » (7).

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