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Nouvelles canadiennes

Narges Mohammadi, abolitionniste iranien combatif

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(Article initialement mis en ligne le 24 juillet 2022)

Certains mots ouvrent l’horizon. « Un jour, nous déclarerons la victoire avec joie et délice ! »promet Narges Mohammadi dans une vidéo publiée sur Instagram le 12 avril. La militante iranienne, qui doit être incarcérée le même jour pour purger huit ans de prison, profite alors de ses derniers instants de liberté pour dire ceci : «Je suis de bonne humeur. Je retourne en détention aujourd’hui sans crainte ni frustration. (…) Je me battrai jusqu’à ce que nous parvenions à une transition démocratique respectueuse des droits de l’homme. D’ici là, n’abandonnons pas ! »

On imagine, en coulisses, les tempêtes intimes, les adieux déchirants aux proches, le moral qui vacille à l’idée de fêter ses 50 ans derrière les barreaux… Mais, devant la caméra, rien ne filtre ; l’Iranien affiche un sourire en forme de défi. Les mollahs lui rendent déjà la vie impossible, il ne fait aucun doute – d’ailleurs – qu’ils la croient détruite !

Une vie contre la peine de mort

De quoi les autorités l’accusent-elles ? Son militantisme sans compromis contre la peine de mort. Remettre en question le châtiment suprême relève presque d’un sacrilège dans un pays qui, l’an dernier, a condamné 333 personnes à la pendaison (près d’une par jour !).

Qu’importe, l’ancien journaliste – aujourd’hui vice-président du Centre des défenseurs des droits de l’Homme – persiste et signe. En cela, elle suit les traces de Jaurès, qui considérait la peine de mort comme « contrairement à ce que l’humanité a pensé et rêvé plus noblement depuis deux mille ans ». Dire cela en Iran est « propagande contre le système » et tombe sous le coup de la loi…

Narges Mohammadi va plus loin, contestant l’ensemble de la structure politico-judiciaire : « Je ne reconnais pas ce système religieux totalitaire, elle dit, ni ces tribunaux ne sont à l’opposé de l’idée de justice, ni ces lois contraires aux droits de l’homme. Je crois à la désobéissance civile. » Parfois, disent certains, il est nécessaire de modérer son discours pour que le temps l’entende, mais Narges s’y refuse et ajoute : « Je veux faire des droits de l’homme une réalité. Je ne veux pas avoir de regrets. » Une fronde comme l’enfer !

Une liberté en pointillés

Ces dernières années, elle a écopé d’une série de peines de prison. Depuis 2016, elle n’a passé que quelques mois hors les murs. À cette liberté en pointillés s’ajoutent les cils. « J’en ai reçu 154 au total », précise-t-elle en tenant à jour ses comptes morbides. Un traitement d’autant plus inhumain qu’elle souffre de problèmes cardiaques – elle a été opérée du cœur en février dernier. Pour l’occasion, elle a bénéficié d’un congé de maladie jusqu’au 12 avril – jour où sa vidéo de sourire insolent a été diffusée sur Instagram.

La militante est mariée à Taghi Rahmani, un opposant au régime qui a également purgé de longues peines derrière les barreaux au début des années 2000. Ils ont des jumeaux, Ali et Kiana, âgés d’une quinzaine d’années. Lorsqu’ils étaient plus jeunes, lorsque la prison les privait de tout contact avec leur mère, ils demandaient parfois à leur père : « A quoi ressemble maman maintenant? » »

En 2020, toujours sans nouvelles d’elle, les deux adolescents tentent de se mobiliser via les réseaux sociaux pour faire pression sur Téhéran. Dans une vidéo pleine de dignité et de sanglots réprimés, les jumeaux ont déclaré aux internautes : « Soyez notre voix pour que nous puissions entendre la voix de notre mère. Nous n’avons pas entendu sa voix depuis onze mois. »

En voyant Narges Mohammadi se battre sans relâche, on pense à l’adage – bien connu des militants – selon lequel « Les courageux ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas jusqu’à ce qu’ils gagnent ».

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