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Nouvelles canadiennes

Moments heureux

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Ce sont des photos en noir et blanc des années 1950. Certaines photos datent également des années 1940. On voit des familles rassemblées pour les repas, ou en pique-nique. Les hommes portent des vêtements de ville, des cravates et des gilets, même à la campagne où ils ont cependant baissé leurs vestes et desserré un peu leurs cols. Ils sont allongés sur le côté, les femmes sont en selle autour de grandes nappes étalées au sol. Derrière eux se trouvent des palmiers et des arbres fruitiers. Dans cette collection, on retrouve des photos de couples sur la plage, une plage de sable fin, bordée de dunes et de maquis typiquement méditerranéen. L’un de ces couples est debout dans l’eau, la vague effleure et frange délicatement la plage. L’homme est dans un de ces maillots de bain longs qu’on portait dans ces années-là, la femme est dans une tenue de plage une pièce mais dont les fines bretelles dévoilent ses bras, ses aisselles et ses épaules. Sur une autre photo, c’est la même plage, ou une autre, deux enfants se promènent, on les voit passer de dos et le bord de la plage est cette fois composé d’une belle palmeraie et d’un cabanon en pierre. Sur d’autres photos, c’est un camping, six jeunes filles en jupes légères, avec des chapeaux, dont une en bermuda, sont assises et plaisantent devant une tente.

Sur les photos intérieures, on peut voir des dames apprenant à peindre, observant derrière leur bureau la reproduction d’une œuvre qu’un professeur leur détaille. Ils sont aussi concentrés sur leur objet d’étude que les étudiants du docteur Tulp dans le célèbre tableau de Rembrandt. Sur une autre photo, la plus belle car c’est une véritable scène de genre représentant ce qui semble être une leçon de couture ludique, trois femmes sont dans une pièce, près d’une grande fenêtre ouverte. Deux d’entre eux sont jeunes, le troisième un peu plus âgé. Sur le côté se trouve une superbe machine à coudre Singer avec des chromes de voiture de luxe. Une des jeunes femmes est assise sur une chaise, elle porte une robe sans manches, à motifs de fleurs et de fruits. Elle est très élégante, elle a un morceau de tissu sur les genoux mais semble plus être une couturière qu’une aiguille. Elle est coiffée comme c’était la mode à l’époque, comme Brigitte Bardot ou Claudia Cardinale dans leur gloire, les cheveux lâchés et hauts. Elle rit, tout comme rit l’autre jeune femme, assise sur un canapé ou un lit en face d’elle et qui semble broder. Elle porte des escarpins blancs à talons hauts extrêmement élégants, elle a un bandeau qui entoure ses cheveux blonds et une robe décolletée aux motifs géométriques. Sur le canapé, entre elle et la dame plus âgée, également en robe sans manches, il y a un plateau avec une cafetière et une bouteille de ce qui semble être du cognac, ou de l’armagnac.

En vérité, il n’y a rien d’extraordinaire dans ces photos, on en conviendra facilement. Sauf qu’elles sont prises dans un endroit au monde qui est le dernier où l’on puisse imaginer qu’il puisse y avoir un jour une vie tranquille, des pique-niques, du camping, des gens sur des plages presque désertes, et des jeunes femmes apprenant à peindre, ou riant dans un intérieur. cela ressemble à un intérieur d’un film italien. Et cet endroit, c’est la ville de Gaza.

Toutes ces photos, mais il y en a d’autres visibles en effectuant une simple recherche sur Internet, font partie des archives de Kegham Djeghalian, un photographe arménien de Gaza, qui a vécu et travaillé dans la ville palestinienne depuis les années 1920 et jusqu’à le milieu des années 1960. On le voit aussi sur certaines photos, et on voit sa boutique, dans une rue de Gaza qui ressemble à n’importe quelle rue d’une ville méditerranéenne. D’autres collections de photos montrent la ville et ses cafés, ses marchés et ses femmes habillées à l’occidentale devant les fenêtres.

Nous savons ce qui s’est passé depuis. Il y a eu l’afflux de réfugiés expulsés d’autres régions de Palestine, la construction de camps devenus des bidonvilles, puis l’occupation israélienne génératrice de misère, de répression, de violence, puis le contrôle des organisations islamistes. À tout cela, sur un si petit territoire, s’ajoutait l’inévitable dégradation de l’environnement due à la surpopulation et à un urbanisme incontrôlé. Ce qui semblait être n’importe quel coin de la Terre où l’on pouvait être heureux et sans incident est devenu en trois quarts de siècle l’un des endroits les plus misérables et tragiques de la planète.

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