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Nouvelles canadiennes

Les Français sont-ils accros aux dépenses publiques ?

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Toutes les dépenses publiques sont considérées comme dues

Lisa Thomas-Darbois

Directeur adjoint des études françaises à l’Institut Montaigne

Dans le contexte des débats budgétaires, il est très difficile de remettre en cause certaines dépenses devenues structurelles, alors même qu’elles ont été mises en place pour répondre à des besoins à court terme. On vient de le voir avec les boucliers sur les prix de l’énergie que le gouvernement a renversés, non sans difficultés.

C’est encore plus difficile en matière de dépense fiscale : une fois qu’une réduction ou une déduction a été accordée, elle devient due. Et même si les dépenses sont mal calibrées ou mal ciblées, y revenir apparaît comme un retrait de l’État providence. C’est par exemple le cas des subventions aux pompes à essence, très appréciées même si elles profitent davantage aux personnes aux revenus élevés…

Les parlementaires et l’exécutif doivent donc travailler sur le fait que toutes les dépenses ne sont pas de bonnes dépenses et que, s’ils veulent répondre aux inquiétudes des Français sur l’efficacité de l’État, il faut traquer les dépenses inefficaces.

Or, aujourd’hui, cela paraît bien anecdotique : en commission des Finances, les débats ont trop tendance à se concentrer sur telle ou telle dépense à 250 millions d’euros, quitte à laisser de côté d’autres bien plus coûteuses. . Ainsi, le crédit d’impôt recherche : un système de 6 milliards d’euros, certes très rentable en termes de compétitivité, mais qui concerne 90% des grandes entreprises et très peu de PME, pourtant très en retard en matière de recherche et développement !

La France devrait donc avoir davantage recours à ce qu’on appelle, notamment au Royaume-Uni, clauses de caducité, les « clauses d’extinction » qui prévoient qu’une dépense fiscale s’éteint après un délai défini, sauf preuve de son efficacité. Cela obligerait le gouvernement, le Parlement et l’administration à entreprendre un véritable travail d’évaluation des politiques publiques.

Cela entraînerait un changement culturel pour indiquer clairement que toutes les dépenses ne sont pas dues. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 affirme l’égalité de tous devant les impôts et la contribution égale de chacun selon ses moyens, mais rien ne dit que l’Etat doit subvenir à tous les besoins !

Un véritable examen des dépenses publiques nécessite une réelle attention aux conséquences économiques et sociales de ces dépenses. Tout choix budgétaire est aussi un choix de société : il n’y a pas plus d’enjeu social que les comptes publics ! Plus vous laissez glisser les dépenses publiques, plus vous restreignez votre marge de manœuvre en matière sociale. On l’a vu avec la loi sur les tamis thermiques où, pour ne pas générer trop de dépenses, on s’est privé de mesures d’aide aux petits propriétaires et locataires. Résultat : de plus en plus de Français ont du mal à trouver un logement.

Recueilli par Nicolas Senèze

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La dette est le talon d’Achille de la France

Les Français sont-ils accros aux dépenses publiques ?

Hans Stark

Professeur de civilisation allemande à Sorbonne Université et conseiller pour les relations franco-allemandes à l’Institut français des relations internationales (Ifri)

Les faits sont têtus. La France n’a jamais connu d’équilibre budgétaire depuis 1974. Une seule fois, en 2017, son déficit public est tombé sous la règle d’or des 3 %, règle qu’elle s’était elle-même fixée. Contrairement à l’Allemagne, elle semble incapable, structurellement, de répondre aux critères de convergence établis par le traité de Maastricht.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la dette publique allemande s’élève à 2 406 milliards d’euros, soit 65,9 % du produit intérieur brut (PIB) ; Berlin se situe donc dans le cadre fixé par Maastricht. La dette française dépasse les 3 000 milliards d’euros, soit 112,5% du PIB. Cette dette a un coût, et c’est là le plus inquiétant. Le paiement des intérêts de la dette représentait 53,2 milliards d’euros en 2022. La situation ne devrait pas s’améliorer dans un contexte de hausse des taux d’intérêt. C’est le talon d’Achille de la France.

Au fond, nos deux pays ont un rapport à la dette très différent. La dette inquiète les Allemands, elle est synonyme de mauvaise gestion. Ce sentiment est ancré dans l’histoire du pays qui a connu à plusieurs reprises dans le passé un effondrement de son système monétaire ; ces crises ont marqué l’inconscient sociétal et politique. Aujourd’hui, un budget qui ne respecterait pas la règle des 3% mais qui serait néanmoins voté par le Parlement serait rejeté par la Cour constitutionnelle.

En France, l’endettement est plus accepté : on suppose que tous les Etats européens sont endettés, autrement dit que ce n’est pas très grave. Il existe toujours une volonté de la part des gouvernements successifs d’évoluer vers 3 %. Mais les Allemands ne se font pas d’illusions et savent pertinemment qu’Emmanuel Macron n’est pas en mesure de poursuivre une politique d’austérité en raison du contexte social tendu, voire explosif ; en témoignent les émeutes urbaines.

Cela dit, l’Allemagne n’est plus en mesure de faire la leçon à ses voisins européens. Outre-Rhin, les performances économiques sont médiocres : perte de compétitivité, notamment dans l’industrie automobile, risque réel de désindustrialisation… Les Allemands voient bien que l’économie française apparaît en meilleure santé, que les réformes commencent à porter leurs fruits. Ils sont favorables aux investissements stratégiques réalisés par Paris, par exemple dans le secteur de l’énergie.

Plus généralement, ces derniers temps, plusieurs voix se sont élevées au sein des médias et de la sphère intellectuelle allemande pour réclamer une dérogation à la règle des 3 %, jugée trop rigide. Car les efforts budgétaires de Berlin ne sont pas sans conséquences : les infrastructures ferroviaires et routières sont plus dégradées qu’en France, la défense reste sous-financée… Mais cet appel à augmenter les dépenses publiques pour faire face aux défis à venir, notamment la transition écologique, n’a, pour l’instant, pas imprégnée au sein de la classe politique.

Recueilli par Alban de Montigny

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