Jannah Theme License is not validated, Go to the theme options page to validate the license, You need a single license for each domain name.
Nouvelles canadiennes

Le mystère de la montée des cancers précoces

[ad_1]

À 33 ans, Isabelle Langlois était au sommet de sa forme. Mais des maux de ventre répétés ont poussé cette institutrice à consulter un médecin.

Une première rencontre ne laissant présager rien de grave, elle se retrouve sur une liste d’attente pour un rendez-vous en gastro-entérologie.

Isabelle Langlois avait 33 ans lorsqu’elle a ressenti ses premiers symptômes.Photo : Radio-Canada

Un an et demi plus tard, alors qu’elle avait presque oublié, elle reçut un appel.

L’hôpital m’a demandé si je voulais toujours mon rendez-vous, explique-t-elle. J’avais toujours mal au ventre, alors j’ai accepté. Lors de l’examen, les médecins m’ont dit qu’ils n’aimaient pas ce qu’ils voyaient et m’ont demandé d’aller passer des examens au AMI. Et c’est à ce moment-là qu’on m’a annoncé que j’avais un cancer colorectal avancé.

C’était il y a 15 ans, mais Isabelle se souvient encore de son bouleversement. Une telle annonce serait un choc terrible pour quiconque, mais dans son cas, même les médecins ont admis être troublés.

 » J’avais 34 ans à l’époque et je n’étais pas du tout dans la tranche d’âge chez laquelle on voit ce type de cancer, les personnes de 60 ans et plus. J’étais physiquement actif, je mangeais bien, je n’avais pas d’antécédents familiaux. Mon médecin ne comprenait pas pourquoi cela m’arrivait. »

Une citation de Isabelle Langlois
Isabelle Langlois assise sur un banc de parc.

Isabelle Langlois se souvient de l’incompréhension qu’elle a ressentie lorsqu’elle a appris qu’elle était atteinte d’un cancer.Photo : Radio-Canada

Son cas est malheureusement représentatif d’une nouvelle tendance.

Depuis les années 1990, le nombre de cas de cancer colorectal précoce, c’est-à-dire chez les personnes âgées de 20 à 49 ans, est en augmentation. Leur incidence augmente de 2 % chaque année depuis une vingtaine d’années.

Une tendance remarquée par la Dre Carole Richard, la spécialiste en chirurgie colorectale qui s’est occupée d’Isabelle Langlois.

Il ne s’agit pas encore d’une crise de santé publique, explique-t-elle, mais on voit ce type de cancer chez des personnes de plus en plus jeunes. À AMI, en 2006, environ 11 % des patients traités pour un cancer colorectal avaient moins de 50 ans. En 2022, il était passé à 18-19 %.

Carole Richard dans une salle de coloscopie.

La Dre Carole Richard est spécialiste en chirurgie colorectale au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une croissance constatée au Canada, mais qui s’étend bien au-delà de ses frontières.

Partout dans le monde, de plus en plus d’études font état d’une augmentation du nombre de cancers précoces. Le cancer du côlon connaît l’augmentation la plus marquée, mais il est loin d’être le seul : des augmentations sont observées pour presque tous les organes du corps.

Selon une étude récente publiée par JAMA (Nouvelle fenetre)qui a suivi 560 000 Américains entre 2010 et 2019, le nombre absolu de cancers diagnostiqués chaque année chez les moins de 50 ans, tous types confondus, a augmenté de 1 % en une décennie.

Si les données paraissent modestes, il faut rappeler qu’elles se traduisent par des milliers de cas supplémentaires de cancers précoces chaque année aux Etats-Unis. Un nombre certes inférieur à ce que l’on retrouve chez les personnes âgées de 65 ans et plus, mais qui reste anormal. En fait, chez les 20 à 30 ans, le taux de tous les cancers a augmenté de 5 % au cours des 10 dernières années. Chez les 30 à 40 ans, c’est 19 %.

La Dre Carole Richard réalise une intervention chirurgicale.

La proportion de patients de moins de 50 ans, parmi ceux traités pour un cancer colorectal, a augmenté de manière significative ces dernières années, au Centre hospitalier de l’Université de Montréal comme ailleurs.Photo : Radio-Canada

Selon cette étude et plusieurs autres qui commencent à s’accumuler, on pourrait assister au début d’une vague mondiale de cancers dans des tranches d’âge généralement moins touchées.

Le Dr Shuji Ogino, du Département d’épidémiologie de l’Université Harvard, fait partie de ceux qui ont étudié cette hausse. Son travail, publié dans Nature en 2022 (Nouvelle fenetre)montrent qu’elle survient dans 14 types de cancer, dans 44 pays.

 » À l’échelle de la population, cela se traduit par de nombreux patients supplémentaires chaque année. Et ce nombre est en augmentation. Il s’agit d’une tendance qui pourrait continuer à s’accélérer, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire ou faible. »

Une citation de Dr Shuji Ogino, professeur au Département d’épidémiologie de la Faculté de médecine de l’Université Harvard
Plan moyen du Dr Shuji Ogino.

Shuji Ogino est professeur au département d’épidémiologie de la faculté de santé publique de l’université Harvard.Photo : Radio-Canada

Une origine inconnue

Cette augmentation des cancers chez les jeunes est d’autant plus surprenante que chez les 50 ans et plus, c’est l’inverse qui se produit. L’incidence du cancer est restée stable, voire a diminué au cours des dernières décennies, principalement grâce aux efforts de dépistage et à l’amélioration des traitements.

Alors pourquoi observons-nous la tendance inverse chez les plus jeunes ? Il est difficile de le savoir pour le moment, mais les chercheurs s’accordent sur deux choses.

Premièrement, ce ne sont pas les prédispositions génétiques qui en sont responsables, les antécédents familiaux n’ayant pas été un facteur dans la plupart des cas observés.

On n’assiste alors pas à un phénomène de surdiagnostic. Dans le passé, notamment dans le cas des cancers de la prostate ou du sein, on a vu se multiplier les cas détectés après la mise en place de tests de dépistage qui ont permis d’identifier des tumeurs à des stades très précoces, au point que certaines ne sont plus détectées. n’aurait jamais conduit au cancer. Les patients auraient alors été soignés sans que cela soit nécessaire.

Cependant, ce n’est pas ce qui se passe avec ces cancers précoces. La plupart des patients reçoivent leur diagnostic non pas via des tests de dépistage, mais plutôt lorsqu’ils consultent un médecin en raison de l’apparition de symptômes. À ce stade, beaucoup souffrent déjà d’un cancer avancé.

Cette augmentation est donc bien réelle, et son origine reste difficile à déterminer.

Un coloscope sur une table d'opération.

Le coloscope est une sonde permettant un examen visuel du côlon, appelé « coloscopie ».Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les cancers mettent plusieurs décennies à se développer, rappelle le Dr Ogino. Si des personnes développent des tumeurs dans la trentaine, c’est probablement à cause de choses auxquelles elles ont été exposées lorsqu’elles étaient enfants. Cette augmentation ayant été observée dans les années 1990, il est réaliste de penser que ces causes sont apparues dans les années 1960 et 1970.

C’est à cette époque que nos habitudes de vie commencent à changer et que style de vie moderne a fait son apparition.

Ces changements incluent la consommation d’aliments de plus en plus transformés et moins frais. Ils incluent également la montée d’un mode de vie sédentaire, ainsi que la perturbation de plus en plus fréquente des cycles de sommeil. La consommation d’alcool, toujours en croissance, ainsi que l’exposition à de nombreux polluants complètent la liste.

De la malbouffe sur une table.

La consommation toujours croissante d’aliments transformés pourrait avoir contribué à la prévalence du cancer.Photo : iStock

Nous pensons que ces facteurs ont le potentiel d’altérer l’environnement autour des cellules, qu’il s’agisse des hormones, de l’inflammation ou du système immunitaire, ce qui, avec le temps, peut favoriser l’apparition de tumeurs.note le Dr Ogino.

Au-delà de l’environnement cellulaire, la piste du microbiome intrigue de plus en plus les chercheurs. Les dizaines de milliards de bactéries vivant à l’intérieur de notre système digestif sont désormais considérées comme des acteurs cruciaux de notre santé globale.

Or, notre mode de vie a de profondes conséquences sur la composition des bactéries formant le microbiome. On sait également que certaines bactéries intestinales ont la capacité de favoriser la croissance de tumeurs. Est-ce qu’un microbiome cancer serait-ce suffisant pour expliquer l’augmentation des cancers précoces ? Pour l’instant, les chercheurs n’ont pas la réponse, mais cela pourrait changer dans quelques années.

Un appel à la sensibilisation

Chez une personne de 50 ans ou plus, des signes tels que des saignements, une perte de poids inexpliquée, des douleurs abdominales ou un simple épuisement équivaudraient à sonner l’alarme, suggérant au médecin la possibilité d’un cancer.

Mais on ne peut pas en dire autant d’une personne dans la trentaine. Les cancers étant rares à cet âge, il est fréquent qu’un médecin ne fasse pas de suivi immédiat, ce qui laisse le temps à la maladie d’évoluer.

À AMIen moyenne, entre 70 et 75 % des jeunes présenteront un cancer colorectal de stade trois ou quatre, contre environ 50 % chez les 50 ans et plus.souligne le Dr Richard.

Ce fut également le cas d’Isabelle Langlois.

Isabelle Langlois sourit dans un parc.

Isabelle Langlois va beaucoup mieux aujourd’hui.Photo : Radio-Canada

Aujourd’hui, 15 ans après son premier diagnostic, elle est guérie. Mais même si elle attribue tout le mérite de sa rémission au Dr Richard et à son équipe, elle considère aussi que c’est un coup de chance qu’elle doive sa survie.

 » Après ma première opération, ils ont trouvé des métastases dans mon foie puis, six mois plus tard, j’ai eu des métastases dans mes poumons. J’ai été traité de courte durée, et si j’avais attendu et n’avais pas pris ce rendez-vous en gastro-entérologie, je ne serais pas ici aujourd’hui pour en parler. Bien sûr, je serais mort. »

Une citation de Isabelle Langlois

Pour éviter de telles situations, la meilleure option reste aujourd’hui une sensibilisation accrue des médecins et des patients.

Il y a vingt-cinq ans, les investigations sur le cancer n’étaient pas recommandées chez une personne sans antécédents familiaux, explique le Dr Richard. Les symptômes ont été traités comme un problème insignifiant, car les risques de développer un cancer à cet âge étaient extrêmement faibles.

Mais de plus en plus, on parle de cette réalité lors de conférences ou en formation, et cette mentalité commence à changer.continue-t-elle.

 » C’est pour ça que j’en parle beaucoup : si ça peut sensibiliser les médecins généralistes qui voient des personnes qui leur parlent de ces symptômes, ça peut contribuer à sauver des vies. C’est pour cela que je me bats. »

Une citation de Dre Carole Richard, spécialiste en chirurgie colorectale, AMI
Dre Carole Richard portant un masque de procédure.

La Dre Carole Richard souhaite amener ses collègues à prendre davantage en compte les risques de cancer chez les patients plus jeunes.Photo : Radio-Canada

Le reportage de Renaud Manuguerra-Gagné et Éric Lemyre sera présenté à l’émission Découverte dimanche à 18h h 30 sur ICI Télévision et 22 h sur ICI Explora, et samedi prochain à 7 heures h 30 sur ICI RDI.

[ad_2]
journalmetro

Back to top button