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Nouvelles canadiennes

« Le gouvernement peine à présenter Barkhane comme une victoire »

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La Croix : Les autorités françaises refusent d’utiliser le terme d’échec de l’opération Barkhane au Sahel, au motif que les militaires ont repoussé les groupes terroristes et gagné toutes les batailles sur le terrain. Mais finalement, ils ont dû quitter le Mali, le Burkina Faso et maintenant le Niger, et les mouvements jihadistes semblent plus forts que jamais…

Michel Yakovleff : Vous pouvez gagner chaque bataille et finalement perdre une guerre. C’est le cas des Américains au Vietnam. Ils ont dominé au niveau tactique et ont perdu au niveau stratégique. Les Vietnamiens considéraient que le théâtre opérationnel qui comptait était celui de l’opinion américaine aux Etats-Unis et ils avaient raison : les Américains se sont retournés contre la guerre menée par leur pays après la victoire de leurs soldats lors du siège de Khe Sanh en 1968.

Plus près de nous, le camp occidental a gagné toutes les batailles en Afghanistan depuis vingt ans, et pourtant les talibans sont aujourd’hui les maîtres du pays. On considère souvent la victoire ou la défaite comme un moment clé du champ de bataille, la percée allemande à Sedan en 1940 par exemple. Mais c’est lorsque l’on revisite un conflit que l’on peut dire rétrospectivement que le succès s’est dessiné à tel ou tel moment.

Mais qu’est-ce qui constitue une victoire ?

MON: C’est imposer sa volonté à l’ennemi. L’adversaire se soumet : il est contraint d’accepter les conditions du vainqueur, même s’il peut négocier à la marge. Le résultat est un nouvel équilibre politique, diplomatique et militaire. Lors du traité de Francfort en 1871, la France accepte la cession de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne.

Une autre façon d’envisager les choses est la réalisation de ses objectifs : pour les Alliés, débarrasser l’Europe des nazis par exemple.

Pour que la France puisse contester aujourd’hui, sans rire, que l’opération Barkhane est un échec, il faudrait qu’elle précise quels en étaient les objectifs. Cependant, ils n’ont jamais été clairement énoncés. La lutte contre le terrorisme ? Ce n’est pas un objectif en soi, mais un processus. Parler de« éradication du terrorisme »oui, cela aurait été un objectif clair.

Je pense donc que le gouvernement a du mal à présenter Barkhane comme une victoire en raison de l’absence d’objectifs déclarés. Est-ce pour autant un échec ? Je pense que oui. Nous nous retirons de certains pays africains dans des conditions qui ne sont pas les nôtres. Cependant, se soumettre aux termes de l’autre est une définition de la défaite. Soulignons également que le départ des Français n’est pas une réussite pour le gouvernement malien qui contrôle de moins en moins son territoire.

Pour remporter la victoire, vous avez besoin d’une stratégie. N’est-ce pas ce qui manquait à la France ?

MON: Oui. En clair, la première opération, Serval, a été un grand succès qui aurait dû permettre au gouvernement de Bamako de négocier un bon accord avec les mouvements rebelles du Nord, ce qu’il a finalement refusé de faire. Si la stratégie consistait à permettre aux autorités locales de prendre en main leur destin, elle a échoué. Dès lors, la victoire devient impossible.

Mais nous n’avons jamais obtenu une définition des objectifs clairs de la France. Lorsque vous êtes dans un manque de clarté, vous en payez le prix. La stratégie sans tactique est le chemin le plus long vers la victoire, m’a dit un Afghan. Et les tactiques sans stratégie constituent le chemin le plus court vers la défaite. Mais l’histoire des interventions françaises en Afrique incite à la prudence. Si dans dix ans la France était à nouveau sollicitée pour son aide au Sahel, on verrait l’échec de Barkhane sous un autre jour. On parlerait alors de pause. Mais aujourd’hui, il s’agit bien entendu de spéculations.

J’ajoute que si le retrait français est un succès tactique, technique et logistique, alors ce succès tempérera quelque peu le sentiment général d’échec. Une retraite dans de bonnes conditions est souvent une condition de réussite ultérieure.

Pouvons-nous changer de stratégie en cours de route sans subir de défaite ?

MON: Oui, c’est aussi une norme historique. C’est ce que j’appelle le décalage d’objectif. Généralement, les deux camps commencent avec des objectifs maximalistes et s’adaptent progressivement. Nous avons vu le cas en Ukraine. Vladimir Poutine voulait s’emparer de toute l’Ukraine et il a donc perdu. Mais elle peut aussi se targuer de conquérir de nouveaux territoires et déclarer que ses objectifs sont désormais de les préserver.

Il existe deux mécanismes pour mettre fin à un conflit. La première est la victoire absolue d’un camp sur l’autre, comme la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile… Et la seconde est ce que les Américains appellent l’impasse mutuellement inacceptable : les deux camps, incapables de prendre le dessus l’un sur l’autre, l’autre décide qu’un cessez-le-feu est préférable à la poursuite des combats. La guerre Iran-Irak dans les années 1980 ou le conflit gelé à Chypre en sont des exemples. Dans ce genre de situation, toutes les parties se disent évidemment gagnantes.

Cela signifie-t-il qu’une victoire peut être relative ?

MON: Absolument, et on peut en juger différemment trente ans plus tard. Prenez la Première Guerre mondiale. Tout le monde s’accorde aujourd’hui sur le fait qu’il s’agissait d’une pause avant la Seconde Guerre mondiale. Une victoire qui porte les germes d’une guerre future est perçue comme telle, jusqu’à la reprise des hostilités. C’est pourquoi les Ukrainiens ne veulent pas accepter un cessez-le-feu suivi d’une partition de leur territoire. Ils estiment que cela ne ferait que retarder le prochain conflit avec la Russie.

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