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Nouvelles canadiennes

Le drame de la rue d’Aubagne, une blessure encore vive

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Marseille (Bouches-du-Rhône)

De notre envoyé spécial

Ici, nous l’appelons « dent creuse ». Taillé au bulldozer, ce trou béant, aux bords trop droits, aux couleurs trop nettes, est une tache sur le vaste navire fantôme qu’est devenu le haut de la rue d’Aubagne, avec ses routes fatiguées, ses commerces aux rideaux tirés, ses bâtiments condamnés. Près de cinq ans après l’effondrement des immeubles 63 et 65, qui a fait huit morts le 5 novembre 2018, la vie semble toujours s’être arrêtée. Frédéric Tchalian, 40 ans, cofondateur du collectif Riverains rue d’Aubagne, qui habitait au premier étage du 70, juste en face, regarde ce spectacle avec une infinie tristesse. «J’adorerais vous dire que les choses vont mieux, mais non, la cicatrice n’est pas fermée. »

Ce matin-là, Frédéric, qui vivait alors chez ses parents, somnolait dans son lit. Sa mère est en Bretagne et son père est absent. Peu après 9 heures du matin, « J’ai senti les murs trembler »il dit. A la fenêtre de la cuisine, il découvre que le bâtiment d’en face, celui pour lequel il avait déjà alerté la mairie car des pans de mur étaient tombés, s’est effondré. Ainsi que celle d’à côté qui, murée, était inhabitée. Sur le terrain, les pompiers ont rapidement provoqué l’effondrement d’un troisième immeuble, au 67, qui menaçait également de s’effondrer. Des centaines d’habitants ont été évacués.

« Une heure plus tard, on a frappé à ma porte et j’ai été évacuée aussi, j’ai juste eu le temps de prendre un bas de pyjama », poursuit Frédéric, qui trouve refuge chez un ami. Aux urgences de la mairie, il doit se battre pour obtenir une chambre d’hôtel, comme les locataires évincés. Une période traumatisante où « Chaque semaine, nous devions renouveler le bon d’hébergement et on nous faisait comprendre que, comme nous étions propriétaires, nous n’étions pas prioritaires. » Cependant, tout comme les locataires, la famille Tchalian, interdite de retour dans son logement, se retrouve sans toit. « C’était d’autant plus fou que notre immeuble était très bien entretenu, mes parents l’avaient acheté il y a vingt-huit ans et tous les travaux nécessaires avaient été réalisés »dit Frédéric.

Pourtant, lorsqu’en février 2019, la famille a été autorisée à rentrer chez elle, « des fissures qui n’existaient pas auparavant sont apparues ». « Tout était un enfer et aucune des étapes n’était facile pour nous », juge Frédéric. Nous devons remuer le syndic « ce qui était pathétique »commencer à travailler, attendre des aides pendant trois ans, payer une prime d’assurance multipliée par cinq… Entre-temps, la famille a dû trouver elle-même un logement. « Mes parents doivent payer un loyer de 800 € à leur retraite en plus des charges de copropriété. » Frédéric a trouvé un logement social.

Nous avons également dû faire face à des problèmes de garantie. « Mon père a été opéré du cœur à deux reprises, son médecin fait clairement le lien avec ce qui s’est passé. Ma mère est affaiblie. Et je vois toujours un psychologue”, poursuit Frédéric. Parce que la blessure est encore vive. Même si aujourd’hui le logement est habitable, la famille ne peut envisager d’y retourner. « Aujourd’hui, on ne peut plus regarder par la fenêtre et faire comme si de rien n’était, c’est trop dur. » D’autant que, depuis, le quartier, dont les immeubles vides attirent squats et circulation, a bien changé. « C’est une rue où nous étions heureux. Nous avions notre marchand de journaux, notre boulanger. Mais aujourd’hui, les commerces sont devenus moroses, la place est un parking sauvage et il y a plus de trafiquants de drogue qu’avant. »

Alors que faire? Louer ? Vendre ? « Il faudra trouver une solution en 2024 », estime Frédéric, qui suit attentivement ce qui se passe désormais bien au-delà de la rue d’Aubagne. Car, depuis, Marseille semble avoir découvert l’ampleur de l’habitat indigne, qui concerne 40 000 logements. Quelque 800 ordres de sécurité ont été émis et pas moins de 5 000 personnes évacuées. Et, aujourd’hui encore, selon la mairie, il en reste 1 250 à reloger, dont 9 anciens locataires de la rue d’Aubagne.

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