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Nouvelles canadiennes

le canal d’Istanbul, le projet fantôme titanesque d’Erdogan

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Selahattin Yaldirak n’est pas ornithologue, il vend des noix. Mais, depuis son terrain vague couvert de genêts, cet habitant de Sahintepe, un quartier périphérique à l’ouest d’Istanbul, commence à en savoir plus sur les oiseaux migrateurs. « Ils passent tous devant chez moi. Vous voyez, c’est l’heure d’avaler. » Chaque escadrille d’oiseaux lui rappelle la chance qu’il a de vivre à moins de deux heures du centre d’Istanbul tout en étant à la campagne.

Cette opportunité, rare pour cette ville peuplée de 16 millions d’habitants, Selahattin Yaldirak en sera bientôt dépossédé, car sa maison est au bord du futur « Kanal Istanbul ». Qualifié pour « projet fou »notamment par Recep Tayyip Erdogan lui-même, la construction de ce nouvel axe maritime, reliant la mer Noire à la mer de Marmara, devait s’achever en 2023, année du centenaire de la fondation de la république turque.

Douze ans après avoir été annoncé, ce deuxième Bosphore qui devait « éclipser les canaux de Suez et de Panama »une promesse renouvelée par le président turc à chaque campagne électorale, ressemble davantage à un projet fantôme.

Rénovation urbaine

Rien n’a été creusé ou construit. Il n’y a que ce pylône d’un futur pont, suffisamment haut pour que les navires puissent passer en dessous. Le chantier fait scandale, les machines sont parties et cette colonne est restée seule, gâchant le panorama. Pourquoi tant de retard ? La succession de crises monétaires qu’a connue l’économie turque a compliqué le financement de ce projet démesuré – 15 milliards de dollars, selon Ankara. Les urbanistes en concluent qu’il ne s’agit pas d’un projet de transport, mais d’un vaste projet immobilier.

Les dessins des architectes vantent des propriétés de luxe, le prix des terrains augmente, les gens vendent, achètent. La spéculation est reine et les promoteurs immobiliers, proches du parti au pouvoir, l’AKP, se frottent les mains. « Au nord de la route, ce sont des terres agricoles. Dans le centre (qui inclut Sahintepe, NDLR) et au sud, des zones déjà construites depuis les années 1970. Ce sont des quartiers populaires, gecekondular (littéralement « construit en une nuit ») et maisons sans permis de construire, explique Duygu Dag, du Centre pour la justice spatiale. En bref, nous chassons les pauvres, car seuls les riches devraient profiter de cette belle vue. »

Expulsions

Depuis sa butte, Selahattin Yaldirak observe d’autres types d’oiseaux : des ouvriers et autres commerçants en pleine migration domicile-travail qui partent tôt et retournent dormir à Sahintepe. Avec leurs bas salaires, ils ne pouvaient vivre nulle part ailleurs. Impensable également de quitter Istanbul, où est produit plus d’un quart du PIB turc.

Selahattin Yaldirak a acheté ces 300 m2 de terrain en 1998 pour 2 500 livres (84,40 €). Avec le futur canal, sa maison vaudrait, selon les estimations, 30 millions (1,01 million d’euros), soit une augmentation de 1 200 000 %. Au jeu des comparaisons, le prix d’un mouton sur la même période a augmenté cent fois moins. Le problème, c’est que l’Etat veut le faire partir sans qu’il puisse vendre. « Si je suis payé au prix du marché, je suis prêt à abandonner ce paradis. Mais pour l’instant, ils veulent nous libérer pour rien. »

Selon le plan de zonage publié en 2021, quelque 18 000 habitants de Sahintepe devaient être « transféré », de gré ou de force, vers les zones périphériques. L’année dernière, après un recours déposé avec l’aide d’avocats bénévoles, l’opération avait dû être annulée. Première victoire des riverains.

Le soir, les voisins de Selahattin Yaldirak se retrouvent sur son terrain. Sur de vieux canapés déchirés, ils boivent du thé et se moquent de ces policiers qui leur téléphonent, les sommant de donner le lieu et l’heure de ces rendez-vous clandestins. Des officiers font parfois irruption. Jusqu’à présent, ils ne repartent qu’avec des noms sur des listes. Les dernières rumeurs indiquent qu’un nouvel ordre d’expulsion pourrait bientôt être émis. Au Nord, trois villages situés le long du canal connaissent déjà des expulsions.

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« Kanal Istanbul » en chiffres

Le projet « Kanal Istanbul » consiste en une voie navigable artificielle de 45 kilomètres de long, d’une largeur minimale de 275 mètres et d’une profondeur de plus de 20 mètres.

Creusé entre la mer Noire et la mer de Marmara, ce canal transformerait l’actuelle partie européenne d’Istanbul en une île. Son inauguration a été reportée à 2028.

Contrairement aux détroits, les chaînes ne sont pas régies par le droit international. Ankara pourra exercer la pleine souveraineté sur Kanal Istanbul, y compris pour le passage des bateaux militaires vers ou depuis la mer Noire.

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