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Nouvelles canadiennes

« L’attentat d’Arras frappe un monde enseignant qui se sent abandonné »

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Depuis 2015, vous menez une étude transdisciplinaire avec le neuropsychologue Francis Eustache sur la mémoire des attentats du 13-Novembre (memoire13november.fr). Comment réagissez-vous à l’attentat terroriste perpétré vendredi 13 octobre à Arras, qui a coûté la vie à un professeur de français, Dominique Bernard ?

Nous travaillons sur la mémoire individuelle et collective des attentats du 13-Novembre. Pour ce faire, nous réalisons des entretiens avec un millier de volontaires à plusieurs années d’intervalle – nous venons de terminer la troisième vague – et 180 d’entre eux, parmi les plus exposés, passent des tests neuropsychologiques.

L’une de nos premières observations est la différence d’impact d’une attaque sur deux personnes qui l’ont vécue de manière similaire. Un an plus tard, une étude biomédicale a détecté un syndrome de stress post-traumatique chez l’un et pas chez l’autre. Les facteurs sont multiples mais l’existence d’un choc traumatique antérieur, que l’événement réveille, est déterminante. Cela explique pourquoi, en 2015, des personnes éloignées de l’attentat ont pu développer leurs propres pathologies, et parfois même un syndrome de stress post-traumatique. Et c’est bien ce qu’il faut craindre avec l’attentat d’Arras : l’effet d’entraînement qu’il pourrait avoir sur tous ceux qui ont déjà été traumatisés.

Cette réaction se fait-elle particulièrement sentir dans le monde enseignant, frappé il y a à peine trois ans par le meurtre de Samuel Paty ?

Le phénomène de réponse est d’autant plus fort qu’il y a une répétition du mode opératoire, de la cible et du contexte – un islamisme radical qui vise l’école comme lieu de transmission mais aussi pilier de la République. Cependant, un autre élément doit être pris en compte : la fragilité dans laquelle se trouve actuellement le monde de l’enseignement, où domine le sentiment de ne pas être pris en compte et de ne pas disposer de ressources suffisantes. À commencer par celles dédiées au soutien psychologique et médical, bouclier contre toutes formes de violences.

Les difficultés de recrutement témoignent de ce malaise, mais les études sur la mémoire des attentats peuvent aussi l’éclairer. En janvier 2023, dans l’étude Crédoc que nous menons (1), seuls 3 % des sondés citent le meurtre de Samuel Paty parmi les trois attentats qui les ont le plus touchés, en France et à l’étranger. Ce chiffre en baisse (ils étaient 8 % en 2021) ne doit pas être lu comme une forme d’oubli, l’ampleur de l’attentat n’étant pas comparable aux événements cités (les attentats de 2015 et ceux du 11 septembre). septembre aux Etats-Unis).

Il ne faut cependant pas négliger le sentiment d’abandon que redouble cette mémoire sélective. À partir du moment où un événement traumatisant est enregistré dans la mémoire individuelle sans être relayé par la mémoire collective, il y a une sorte de double peine pour les victimes qui accentue les pathologies. Dans le monde scolaire d’aujourd’hui, cela peut renforcer le sentiment que le meurtre de Samuel Paty n’a en réalité rien changé.

Les enseignants doivent, dans les heures qui suivent, trouver les mots pour aider leurs élèves à contextualiser l’événement. Est-ce une pression supplémentaire ?

Nous avons observé dans nos études que toute forme d’investissement dans le bien-être des personnes fragilisées par l’événement, en l’occurrence des enfants ou des adolescents, est un facteur de résilience. Cela a été particulièrement vrai pour les « lignes de front » lors des attentats du 13 novembre : le fait d’intervenir immédiatement, ainsi que de s’impliquer et de ne pas s’isoler, contribue à la reconstruction. De la même manière, pour un enseignant, remplir sa mission auprès de ses élèves peut contribuer à surmonter ses propres angoisses.

Au-delà du monde académique, quelle pourrait être la réaction de la société française ?

Dans l’étude du Crédoc, 57 % des personnes interrogées citent les attentats du 13 novembre parmi les trois attentats qui les ont le plus touchés en France et dans le monde (ils n’étaient que 45 % en 2021, ce qui montre le fort impact du procès). Viennent ensuite les attentats de janvier 2015, stables autour de 40 %, et celui du 11 septembre aux Etats-Unis.

Comment la société française a-t-elle réagi à ces attentats ? En janvier 2015, une manifestation d’ampleur mobilisait les valeurs de la République française au nom de « l’autre », des journalistes et, dans une moindre mesure, des juifs, des policiers. En novembre 2015, sans manifestations, ces mêmes valeurs ont été revendiquées au nom de tous les citoyens, tous potentiellement visés. L’assassinat de Samuel Paty, et aujourd’hui de Dominique Bernard, rapproche ces deux réactions : les mêmes valeurs sont toujours proclamées, à la fois au nom de l’autre, de l’enseignant, mais aussi de chacun, les élèves étant aussi des victimes directes ou indirecte par le choc psychologique ressenti.

Dans quel contexte intervient cette attaque ?

Cette attaque frappe une société profondément fracturée. Sur le plan politique, cela peut terriblement amplifier le phénomène déjà constaté par la dernière étude du Cevipof (2), qui soulignait l’évolution parallèle de l’image du Rassemblement National, en constante amélioration, et de La France insoumise, considérée comme dangereuse pour la démocratie par la moitié des le français.

Elle intervient également dans un contexte d’accès massif aux pseudo-informations sur les réseaux sociaux, qui entretient un climat de crise. Sous couvert d’horizontalité, chacun est habilité à donner son avis et à relayer des images – dont la plupart émanent, de manière très verticale, d’extrémistes, de terroristes et de théoriciens du complot qui les diffusent comme des armes. Ces images, incessantes et décontextualisées, déclenchent deux mécanismes parallèles, présents lors du stress post-traumatique : l’habitation et l’évitement.

Le ressuage, également entretenu par une information continue, nous fait tous attendre les prochaines images. Au-delà de ce qui est montré, c’est l’influence de ce mode de diffusion en boucle qui mérite d’être interrogée. L’évitement, qui conduit les victimes à éviter tout lieu de socialisation et à s’isoler, et que reproduisent de plus en plus de citoyens face à l’intrusion de ces images, est tout aussi négatif pour la vie démocratique. Ce sont aujourd’hui des défis politiques majeurs.

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