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Nouvelles canadiennes

La course au large s’interroge sur son impact environnemental

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C’est un record, un de plus. 95 couples de marins étaient inscrits au départ de l’édition 2023 de la Transat Jacques Vabre, un peu perturbée par une terrible tempête sur l’Atlantique, obligeant la moitié de la flotte à faire une pause à Lorient, et les monocoques de la classe Imoca rongeant un peu au Havre avant de rejoindre la Martinique. Malgré cette météo capricieuse, le port normand n’a jamais connu une affluence aussi nombreuse, avec 16 bateaux de plus engagés que lors de la précédente édition en 2021.

C’est la même chose sur toutes les plateformes. L’année dernière, à Saint-Malo, il y avait aussi un record avec 138 solitaires prêts à affronter la Route du Rhum. Pour l’année prochaine aux Sables d’Olonne, l’organisation du Vendée Globe vient d’annoncer 44 candidats (pour 40 places) pour le départ du fameux tour du monde sans escale prévu le 10 novembre, du jamais vu auparavant. La course au large est portée par le vent du succès.

Tant mieux. C’est justement quand tout va bien qu’il vaut mieux se poser les bonnes questions. Et le milieu de la voile y travaille depuis deux ou trois ans, contraint de constater le hiatus qui s’opère sur la question environnementale. « Nous pratiquons un sport qui véhicule une image très propre car nous nous déplaçons grâce au vent, mais l’impact carbone de nos événements et l’utilisation de matériaux très polluants pour la construction des bateaux révèlent des coulisses très différentes.résume Fabrice Amedeo, cinq Transat Jacques Vabre au compteur et 11e de son premier Vendée Globe en 2017. On parle souvent d’écologie, mais on n’y fait pas grand-chose. »

Lorsqu’en 2009, le skipper Roland Jourdain, vainqueur de sa première Route du Rhum en 2006 (la deuxième en 2010), décide de faire le bilan carbone de son activité, peu de gens le suivent. « Bilou » crée ensuite sa société, Kairos, en 2012 pour développer des biomatériaux, et un fonds de dotation, Explore, l’année suivante pour financer des projets utiles à la planète. Mais dix ans plus tard, il constate certainement « une prise de conscience qui se traduit par quelques paroles ou actions individuelles, mais pas vraiment de mobilisation collective. La construction a donc deux fois plus d’impact, ce qui est gênant car de plus en plus de bateaux sont produits. »

Quatorze navires ont été mis à l’eau pour le prochain Vendée Globe. Une chose « toujours plus » nocive ? Antoine Mermod n’est pas d’accord. L’ingénieur est le président de la classe Imoca, qui regroupe les skippers monocoques et définit les règles auxquelles ils se soumettent. « Nous disposons de grands moyens, de pilotes et de techniciens, et d’une aura médiatique considérable.souligne-t-il. Nous pourrions construire moins, mais cela ne changerait pas le monde. En tant que laboratoire d’essais et de recherche, nous pouvons développer de nouvelles solutions pour l’avenir et influencer l’industrie dans la bonne direction. »

La promotion assure consacrer 15 % de son budget annuel à des actions de développement durable et a recruté deux spécialistes en responsabilité sociétale des entreprises (RSE). « Depuis 2021, nous travaillons sur l’analyse du cycle de vie de nos bateaux neufs, pour mieux comprendre leur impact et cibler les axes d’amélioration.soutient Antoine Mermod. Les règles que nous déciderons pour la période 2025-2029 devraient nous permettre un gain de 10 à 30% sur notre impact environnemental. »

L’approche ne convainc guère le skipper Erwan Le Roux, président de la classe Ocean Fifty, multicoques d’une quinzaine de mètres. « L’environnement est à des années-lumière de ce qu’il devrait être pour relever le défi environnementalaffirme-t-il. Sur la dernière Route du Rhum, il y avait un atelier sur l’empreinte carbone, mais à peine une vingtaine de personnes y ont participé. Chaque fois que nous construisons un bateau, nous enfouissons deux conteneurs de déchets. Agissons-nous comme si de rien n’était ? »

La classe Ocean Fifty mise donc sur la sobriété. Un numerus clausus a été décidé, limitant la classe à 10 bateaux, les deux derniers ayant été mis à l’eau à l’été 2023. La durée de vie des voiles de course a également été allongée de deux à trois ans. « C’est un début, mais cela ne nous empêche pas de réfléchir plus largement au type de course au large que nous souhaitons tous dans le futur »» ajoute le triple vainqueur de la Transat Jacques Vabre (en 2009, 2013 et 2015).

De retour de la dernière Route du Rhum, le skipper Stan Thuret a préféré rester à quai « pour des raisons écologiques » plutôt que de continuer dans ce monde de compétition outrancière dans lequel il ne se reconnaissait plus. Un choix radical qui a fait trembler les pontons. Mais que comprend Roland Jourdain, qui remet en question la quête de performance qui domine de plus en plus l’industrie. « Avec les foils, ces appendices sur les bateaux qui leur permettent »voler », un nouvel horizon semble s’ouvrir donc tout le monde est dans ce rêveIl regrette. Mais quel sens a l’accélération à tout prix pour le troisième millénaire ? »

Le débat continue d’agiter la communauté. « La vitesse et la performance à tout prix sont évidemment ridiculesanalyse François Gabart, homme d’innovation s’il en est, vainqueur de toutes les grandes courses et détenteur du record du tour du monde en solitaire sur son Ultim fin 2017 (42 jours et 16 heures). Mais je fais aussi ce sport avec une certaine fascination pour ces deux éléments. Ce qui n’est pas que négatif. Essayer de continuer à se déplacer le plus rapidement et efficacement possible grâce au vent reste une question intéressante car nous aurons toujours besoin de mobilité et aussi de transporter des marchandises. »

Le monde de la voile est ainsi tiraillé entre la course à l’innovation et l’envie de ralentir. « Je ne crois pas aux seules solutions techniques, et faire passer un message de ralentissement me semble intéressant, sans parler de déclin, mais plutôt d’après croissance.explique Roland Jourdain. Nous devons impliquer les gens avec de belles histoires, mais en accord avec l’environnement dans lequel nous opérons, sinon nous commettons une erreur. » Et Bilou naviguera sur cette Transat avec l’aventurier Guirec Soudée, 31 ans, déjà auteur d’un tour du monde de cinq ans, d’une traversée de l’Atlantique en double aviron et qui vise le Vendée Globe l’année prochaine. ensuite, sur ce même bateau de 2007 piloté de main de maître par Roland Jourdain sur la Route du Rhum 2010.

Un vieux bateau qui fait encore le job, c’est aussi ce qu’a choisi Fabrice Amedeo, avec un Imoca de 2008 acheté en janvier dernier, et qui n’est pas équipé de foils. Le skipper reconnaît un choix dicté avant tout par des contraintes budgétaires, son précédent navire ayant sombré sur la dernière Route du Rhum. « Mais au fur et à mesure, mon bateau se retrouve plus en phase avec les problématiques actuellesil juge. Je serai sans doute dans les 10 bateaux les plus lents de cette Transat. Mais dans un Vendée Globe, il y aura de quoi jouer, sur un tour du monde où la dimension aventure est plus importante. » Des histoires d’hommes et de mer, plus que de machines folles, l’essentiel en somme.

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