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Nouvelles canadiennes

Josépha Villanova, oculariste : donner vie à un regard

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Dès son entrée dans son laboratoire parisien, Josépha Villanova prévient : « J’en termine avec un patient, j’arrive tout de suite ! » ». Une enfant et son père quittent la salle de consultation quelques minutes plus tard. On ne peut s’empêcher d’observer discrètement leurs yeux, sans y déceler la moindre anomalie. « La petite fille souffrait d’une tumeur et avait perdu l’usage d’un œil. Je viens de lui mettre sa prothèse. Même avec l’habitude, ça reste un moment très émouvant. »» nous dit modestement l’oculariste en nous guidant vers son atelier.

Josépha Villanova impressionne par son énergie et sa douceur. A seulement 22 ans, elle fait partie d’une trentaine de personnes en France qui exercent ce métier méconnu consistant à concevoir et fabriquer des prothèses oculaires pour les patients ayant perdu un œil suite à une maladie, un accident ou une malformation congénitale.

« Une preuve » Et « une affaire de famille » pour celle dont la grand-mère a ouvert le laboratoire, repris ensuite par son père et l’un de ses frères. Depuis, elle et sa sœur ont rejoint l’aventure. « Aux repas, on ne parle que de ça ! Ce travail, j’ai l’impression que c’est ma vie »confie-t-elle.

Une vingtaine de patients par jour

« Quand j’étais petite, je traînais toujours dans l’atelier. Mon père et ma grand-mère occupaient une place si importante dans la vie des patients qui leur étaient si reconnaissants. Je les voyais comme des super-héros, et évidemment Je voulais être comme eux »se souvient Josépha.

Au lycée, elle entame un baccalauréat littéraire qu’elle arrête pour commencer à travailler à 17 ans. Il n’existe pas de diplôme d’oculariste mais seulement une validation des compétences acquises à la Sorbonne Université après trois années de formation. « C’est aussi pour ça que c’est un métier familial »elle admet.

Depuis cinq ans, la jeune femme reçoit une vingtaine de patients par jour entre les laboratoires de Paris et de Montpellier, d’où elle est originaire. La grande majorité d’entre eux sont adressés par leur ophtalmologiste suite à une opération. La commande permet de rembourser la prothèse (845 €) à 100 % par la sécurité sociale. « Au début, ils n’ont pas vraiment envie de me rencontrer car ils viennent souvent de vivre un événement malheureux. Ils portent des lunettes pour se cacher, ils sont gênés, il faut savoir les mettre en confiance”explique Josépha.

D’autres ont connu l’existence du métier d’oculariste par d’autres moyens, notamment via les réseaux sociaux. Lors du premier confinement, la jeune femme s’est lancée sous le pseudo « Joosepha » sur les applications TikTok et Instagram. Plus de 400 000 personnes la suivent aujourd’hui et certaines de ses vidéos comptent 11 millions de vues.

Après trente ans de vie avec un œil atrophié suite à un accident de balle dans une cour de récréation, une patiente qu’elle dit avoir vue récemment est tombée sur un de ses posts et a décidé d’aller la voir.  » Lors de la première consultation, il m’a dit avoir eu peur dans le métro. Dès qu’il s’est vu avec sa prothèse, il a été très ému et n’a cessé de me répéter : « Personne ne me reconnaîtra ! » »rapporte-t-elle.

Restaurer la confiance

Avec tout ça, difficile de ne pas croire Josépha lorsqu’elle affirme ne jamais s’ennuyer. « Redonner confiance à mes patients, je ne m’en lasse pas »répète l’oculariste.  » Il faut être sociable et empathique, c’est sûr. Mais aussi avoir un côté artistique et aimer travailler de ses mains. ». Derrière une prothèse oculaire, il y a sept heures de travail : après la cuisson au four pour faire fondre la résine (plus résistante que le verre) vient le rôle central de la couleur.

« Donner vie à un regard même s’il s’agit d’une peinture, donner de la profondeur à l’iris, respecter la vascularisation… C’est un vrai défi »précise l’oculariste en retournant ses tiroirs de prothèses pour nous montrer des exemples.

Une fois posée, la prothèse est changée tous les ans pour les patients âgés de 0 à 10 ans, tous les deux ans pour ceux âgés de 10 à 20 ans, puis tous les six ans. La grande majorité n’y touche pas, même pour dormir. « J’ai plusieurs patientes dont les maris ne savent même pas qu’elles en portent un ! » rigole Josépha qui ne se laisse pas tromper. Les yeux sont évidemment ce qu’elle regarde le plus chez les gens.

Sa boussole : L’héritage de sa grand-mère

« Ma grand-mère est une immense source d’inspiration. Elle fut la première femme oculariste en France. Personne ne voulait lui apprendre le métier ici et elle a dû se former aux États-Unis. Ma sœur et moi sommes fières de continuer l’aventure, nous prouvons que les filles sont capables de reprendre l’entreprise familiale.

Cela ne m’empêche pas d’avoir encore des problèmes, des patients qui demandent à être vus par un homme ou qui ne veulent pas me serrer la main. C’est moins difficile qu’au début de trouver sa place, mais ça reste ainsi. De nombreux patients sont habitués à être vus par des personnes âgées. Alors quand j’arrive dans la salle et qu’ils voient une jeune femme, ils me demandent de parler à un manager ! Sauf que c’est moi. »



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