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Nouvelles canadiennes

Javier Milei et le rêve de la dollarisation

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C’est devenu l’un des symboles de la campagne de Javier Milei. Dans ses meetings, ses partisans brandissent des billets d’un dollar géants à l’effigie du candidat, favori à l’élection présidentielle qui se tiendra ce dimanche 22 octobre en Argentine. Cet économiste ultralibéral, nouveau venu en politique, dispose, promet-il, d’un remède de choc pour sortir le pays de la crise économique et financière : la dollarisation. En d’autres termes, adopter le dollar comme monnaie nationale, au lieu du peso.

Un projet qui semble séduire une partie de la population à l’heure où l’inflation galopante (12,7% en septembre, record mensuel en trente-deux ans) ronge le pouvoir d’achat. Javier Milei profite de la profonde méfiance des Argentins à l’égard de leur monnaie, en constante dévaluation par rapport au dollar, pourtant populaire.

Ce désenchantement n’est pas nouveau. Dans les années 1980, la banque centrale nationale n’hésitait pas à imprimer de la monnaie pour financer les dépenses publiques. De ce fait, l’inflation s’est mécaniquement alimentée jusqu’à atteindre des records en 1989 : plus de 3 000 % sur un an. Et le peso a perdu sa valeur.

Taux de change fixe

Pour y mettre fin, le gouvernement de Carlos Menem a décidé en 1991 d’instaurer un taux de change fixe : un peso équivaut à un dollar. Ce système permettait de contrôler la masse monétaire et donc de freiner l’inflation. Mais les Argentins ont continué à privilégier la monnaie américaine.

« Les ménages, craignant que ce mécanisme n’implose un jour, ont épargné en dollars afin de conserver un filet de sécurité en cas de dévaluation du peso. Les banques, de leur côté, ont préféré accorder des prêts en dollars. La banque centrale n’ayant plus de réserves, l’Argentine s’est endettée sur les marchés internationaux pour satisfaire la demande de billets verts, explique Mariana Rojas-Breu, professeur d’économie à l’université Panthéon-Assas. Mais les marchés, en raison des risques économiques, ont arrêté de prêter ; le pays s’est ensuite retrouvé en défaut de paiement en 2001. »

En 2002, une dévaluation du peso est décidée. La mesure douloureuse pour la population a profité aux exportations : la croissance est revenue. Mais l’inflation est rapidement revenue peser sur le quotidien des Argentins. En 2018, le pays s’est retrouvé une nouvelle fois pris dans une violente crise. Dans le contexte d’un changement de politique monétaire aux États-Unis, le peso a chuté.

Pour tenter de calmer les marchés, le président Mauricio Macri s’est une nouvelle fois tourné vers le Fonds monétaire international – l’institution avait déjà prêté avant le défaut de 2001. Le FMI a accordé un prêt de 45 milliards de dollars, prêt que le pays n’a cessé de renégocier depuis, faute de réserves suffisantes.

Une économie dépendante de l’agriculture

La sécheresse historique qui a frappé l’Argentine cette année a porté un nouveau coup dur à une économie très dépendante de son agriculture. En raison des mauvaises récoltes de maïs, de soja et de blé, les exportations ont chuté, et avec elles les recettes fiscales, élargissant encore les réserves de la banque centrale.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet de dollarisation mené par Javier Milei. Un projet désavoué par plus de 200 économistes à travers une déclaration commune rendue publique le 10 septembre. Et pour cause : la dollarisation n’est pas sans risques, et les conditions de sa mise en œuvre ne semblent pas réunies.

« La dollarisation alors que l’Argentine n’a pas de réserves de change s’annonce très compliquée, précise Carlos Quenan, professeur d’économie à la Sorbonne-Nouvelle et vice-président de l’Institut des Amériques. Cela nécessite de retirer les pesos en circulation et de les remplacer par de la monnaie américaine. Même chose pour les dépôts bancaires, ainsi que pour « Leliq » (Letras de Liquidez), titres émis par la banque centrale, libellés en pesos et constituant un instrument de gestion monétaire.

« Il faudrait donc recourir à des financements extérieurs pour avoir suffisamment de dollars à injecter dans le système, ajoute Carlos Quenan. Cependant, en raison de ses difficultés avec le FMI, l’Argentine ne peut pas accéder aux marchés internationaux. Javier Milei assure que des fonds privés sont intéressés à prêter main-forte au pays, j’en doute. »

Le précédent de l’Équateur

L’adoption du dollar comme monnaie unique ne résoudrait qu’une partie du problème auquel est confrontée la troisième économie d’Amérique latine. « La monnaie est un ingrédient d’une politique de stabilisation ; d’autres sont nécessaires : un budget de l’État et une situation financière extérieure durables, ainsi qu’une stabilité politique, ce que Javier Milei n’aura probablement pas, faute de majorité dans les deux chambres du Congrès », poursuit Carlos Quenan.

Certes, la dollarisation pourrait freiner l’inflation, mais Buenos Aires dépendrait de la politique monétaire des États-Unis, alors que son économie est davantage orientée vers la Chine, le Brésil et l’Inde. « L’idée de dollariser le système économique n’est pas nouvelle ; elle était déjà présente lors de la crise de 2001 », se souvient Mariana Rojas-Breu.

C’est ce qu’a fait l’Équateur en 2000. « Mais le cas équatorien n’est pas comparable à la situation argentine, qui a un territoire beaucoup plus vaste et une diaspora plus petite – et donc moins d’entrées de devises étrangères. »

Aux yeux de l’économiste, « Le succès de la dollarisation doit être relativisé : l’économie équatorienne apparaît plus volatile que celle de ses voisins. Et le pays, en cessant d’émettre de la monnaie, a perdu un outil précieux pour faire face aux chocs. » Ces arguments seront-ils entendus par les électeurs argentins ? Réponse le 22 octobre.

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