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Nouvelles canadiennes

Gilles Aillaud, peintre de la solitude ultramoderne au Centre Pompidou

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Derrière des barreaux bleus, deux lions alanguis sur des étagères, tels des bibelots inoffensifs, s’offrent à la curiosité du spectateur. Sommes-nous dans un musée ou au zoo ? Le Centre Pompidou joue de cette ambiguïté, en exposant dans une succession d’alcôves, visibles de la rue, les peintures d’animaux en captivité de Gilles Aillaud, décédé en 2005. Comme si l’art n’était qu’un attrait de plus dans la société du spectacle que son le contemporain Guy Debord a dénoncé…

Pourquoi ce peintre maoïste, hostile à la marchandisation capitaliste du monde, a-t-il choisi, dans les années 1960 et 1970, de se concentrer sur ces portraits d’animaux sauvages enfermés ? Dès l’âge de 10 ans, il les dessinait au zoo de Vincennes ou au Jardin des Plantes, comme le rappellent ses premiers carnets de l’exposition. Après avoir échoué au concours d’entrée à la Normale-Sup en philosophie, il se met à peindre l’enfermement de ces bêtes.

Une palette empruntée aux maîtres

Jouant sur le contraste entre la rondeur chaleureuse des corps, parfois hirsutes ou sales, et l’univers froid, aseptisé, rectiligne des cages, la quarantaine de tableaux réunis à Beaubourg nous entraîne dans une dialectique implacable.

Par son cadrage serré, Gilles Aillaud dramatise l’enfermement des êtres : il coince le dos d’un rhinocéros dans un coin, un python dans un bassin ridicule, ou encore les pattes d’un éléphant derrière une rangée de clous… Séparés par des barreaux absurdes, deux pachydermes racontent cette solitude ultramoderne. Le ciel et la végétation sont hors cadre. Des troncs d’arbres morts hérissent ces univers déformés tandis que des néons colorent leur mise en scène de lumière artificielle.

La palette du peintre, qui fut aussi grand décorateur de théâtre (et auteur), ne doit rien au hasard. Par leur harmonie de bleu et de rouge, leur composition barrée d’une grille métallique, Lions en cage emprunter Chemin de fer par Manet. Tel Rhinocéros en grisaille rappelle un ancêtre, autrefois gravé par Dürer. Tandis que cette image vivante d’un mur jaune, flanqué d’un Judas inquisiteur, fait explicitement référence à l’art lumineux de Vermeer, qu’Aillaud admire par-dessus tout. Même s’il s’inspire souvent de la photographie, il se veut l’héritier de ces maîtres. Contre l’art formaliste et minimal qu’il parodie dans Grille et clôtureentourant un espace vide de tout sujet.

« Chanteur de béton »

Mais au-delà de ces notes d’humour, c’est tout notre rapport moderne de domination et d’instrumentalisation du vivant que ce précurseur dénonce dans ses tableaux. Bien sûr, l’homme lui-même est pris à ce redoutable piège comme dans l’un des rares tableaux ouvertement politiques de l’artiste, peint après un coup de grisou meurtrier en 1970 à Fouquières-lès-Lens, qui montre deux mineurs du fond, le visage noirci, assis dans leur ascenseur métallique,  » la cage « . En ces années révolutionnaires où Michel Foucault s’apprête à publier son Surveiller et punirdifficile de ne pas voir aussi dans ce motif obsessionnel des zoos une allusion au contrôle policier des masses.

La forme et la couleur mêmes de ces cages ou même Chant concret (peinture malheureusement absente à Beaubourg) apparaît comme une critique des grandes villes d’après-guerre, « dont la polychromie sonne faux dans la sécheresse volontaire des façades HLM », a écrit l’artiste. Faut-il rappeler qu’il est le fils d’Émile Aillaud, l’architecte de la Grande Borne à Grigny et des tours Nuages ​​à Nanterre ? Dans son impressionnant Fossé (1967), cet héritier peint une minuscule lionne, réduite à un simple trait, comme effacée entre les hauts murs…

Il faudra attendre 1988 et le voyage de Gilles Aillaud au Kenya, avec l’éditeur Franck Bordas, pour que ses horizons se précisent. En découvrant la faune sauvage gambadant dans de vastes réserves, le peintre rêve soudain d’un monde réconcilié. Sa touche est libérée, plus spontanée, légère, dans des panoramas où se confondent animaux, plantes, ciels et eaux. Comme ce majestueux Éléphant après la pluie qui, nous tournant le dos, disparaît au loin. Dans un poème dédié à ce géant, le peintre métaphysicien interroge : « À quoi ressemblait la vie lorsque son règne était incontesté ? »

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La vie du peintre

1928. Naissance à Paris. Son père est l’architecte Émile Aillaud.

1949. Échoué à la Normale Sup en philosophie, il revient à la peinture, qu’il pratiquait depuis l’enfance.

1961. Amitié avec le peintre Eduardo Arroyo.

1965. Avec Arroyo et Antonio Recalcati, Aillaud peint un polyptyque dans lequel on les voit battre à mort Marcel Duchamp. Le scandale est énorme.

1966. Elu président du très politique Salon de la Jeune Peinture.

Mai 68. Crée des affiches lors du populaire atelier des Beaux-Arts.

1974. Premiers décors de théâtre pour Klaus Michael Grüber à Berlin.

1977. Un accident vasculaire cérébral l’a rendu hémiplégique.

1987. Écrit sa première pièceVermeer et Spinoza.

1988. Voyage au Kenya.

2005. La mort.



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