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Nouvelles canadiennes

Confidences à Western Union : À l’intersection de Jean-Talon et des dictatures

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Elle se laisse tomber sur la chaise, sans remettre en question sa présence incongrue au milieu du trottoir. « Ça va très mal », déclare, en guise de salutation, Mme Jeannette Cananga, 74 ans. « J’attends une opération. J’ai toujours mal. » Pour appuyer ses propos, elle se tient les hanches tout en poussant des petits gémissements.

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Sur le visage de Jeannette Cananga, on voit les rides dessinées par des années d’angoisse et d’inquiétude, comme la topographie de ses espoirs perdus.

Son langage est soigné, son vocabulaire précis, presque tranchant. Selon le ministère de l’Immigration du Québec, les immigrants nés en République démocratique du Congo âgés de 15 ans et plus sont, en moyenne, plus instruits que l’ensemble de la population québécoise.

« Mon mari était un homme politique. C’était un opposant notoire au régime de Joseph Kabila, on ne pouvait plus rester en République démocratique du Congo, les hommes de Kabila l’auraient tué », affirme Jeannette Cananga.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’air épuisé de Mme Cananga contraste avec les couleurs vives et joyeuses de ses vêtements. Je porte toujours des vêtements congolais. Il y a des couturières congolaises à Montréal qui confectionnent mes robes et jupes avec des tissus locaux., m’explique Mme Cananga. Tandis qu’elle parle de robes et de jupes, je me retrouve à imaginer la jeune femme qu’elle était autrefois au Congo.

Elle me raconte pourquoi elle a dû quitter son pays pour le Canada il y a 12 ans. Mon mari était un homme politique. C’était un opposant notoire au régime de Joseph Kabila, on ne pouvait plus rester en République Démocratique du Congo, les hommes de Kabila l’auraient tué.

La République Démocratique du Congo est vaste. Savanes. La jungle. Villages dispersés sur un vaste territoire. De 1885 à 1960, toutes les richesses naturelles du pays appartenaient aux Belges. En 1960, dans le grand mouvement de décolonisation des pays africains, le Congo obtient son indépendance. Nous sommes en pleine guerre froide. Patrice Lumumba, socialiste, devient premier ministre, mais ce héros de la décolonisation est assassiné à peine un an plus tard.

De 1965 à 1997, l’extravagant dictateur Mobutu, initialement soutenu par les pays occidentaux parce qu’il était un anticommuniste, règne cruellement sur le destin des Congolais : violations des droits de l’homme, corruption, guerres civiles, etc. 32 ans d’horreur. Madame Jeanette en a fait l’expérience. Puis elle a assisté à la prise du pouvoir par un autre dictateur, Laurent-Désiré Kabila, pour voir son fils, Joseph Kabila, tout aussi autocratique et corrompu, lui succéder.

Selon un rapport de 2019 de l’Organisation internationale pour les migrations,ONU, la diaspora congolaise transférait déjà 2 milliards de dollars par an à ses proches restés au Congo. C’est le plus grand contributeur aux services sociaux du pays, principalement aux services médicaux et aux écoles pour enfants.

Deux femmes se regardent, assises sur des chaises de plage.

Jeannette Cananga s’est arrêtée au « salon » de la journaliste Émilie Dubreuil, devant la succursale Western Union de la rue Saint-Hubert, dans le quartier Villeray.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Kabila a tout vendu aux Blancs. Résultat : la vie coûte cher. Les Congolais ont faim. Il y a toujours la guerre là-bas, nous ne pourrons jamais revenir en arrière, nous a dit Mme Jeannette en tenant son téléphone comme une bouée de sauvetage. Elle attend un appel téléphonique de sa fille vivant au Texas, qui doit lui transférer de l’argent dans la matinée. Elle m’explique que sans ces fonds, elle ne pourrait pas le faire.

Combien coûtent les dictatures ? Combien de personnes doivent fuir chaque année ces pays où la démocratie n’existe pas ? Combien de Madame Jeannette doivent vieillir en exil, avec toute la précarité que cela implique ? Elle se lève, serre les lèvres pour contenir la douleur, rentre dans les coulisses du théâtre de cette planète où grand chose ne va pas.

Actuellement, 52 pays sur un total de 195 sont gouvernés par un régime dictatorial ou autoritaire. 27 en Asie et au Moyen-Orient. 22 en Afrique, 3 en Amérique latine. Sur ma chaise pliante, cela me frappe : presque tous ceux qui reçoivent ou envoient de l’argent à ce guichet de Western Union viennent de ces pays où sévissent les dictatures.

Le régime politique cubain figure dans cette liste. Depuis octobre 2019, le parti unique, le Parti communiste, est dirigé par Miguel Diaz-Canel. Ingénieur de formation, il a gravi les échelons du pouvoir jusqu’à succéder à son mentor Raúl Castro, qui a lui-même succédé en 2008 à son légendaire frère, Fidel Castro, qui a dirigé Cuba pendant 49 ans.

Liliana Lucia Rodriguez Nunez vient d’envoyer de l’argent à un membre de sa famille. Transferts de fonds de la diaspora cubaine (« remesas « ) représentent, après le tourisme, la deuxième source d’entrée de devises sur l’île.

Au cours des 30 dernières années, les exilés cubains ont envoyé 52 milliards de dollars en espèces et l’équivalent de 50 milliards de dollars en biens de toutes sortes.

A 76 ans, Liliana raconte avec humour : Je suis un petit jeune. Et c’est vrai qu’elle a une allure presque juvénile malgré ses rides, avec sa chemise en flanelle, son jean et sa casquette.

Deux femmes discutent assises sur des chaises au milieu du trottoir.

«Bientôt, il n’y aura plus rien là-bas, car un Cubain qui peut partir s’en va», dit Lilianna Rodriguez Nunez à propos de son pays natal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dentiste de profession, elle a été attaquée par le régime autoritaire de l’île socialiste. Réfugiée politique, elle apprécie la tranquillité d’esprit que lui offre le Canada, mais elle s’identifie avant tout au Québec. Je viens du Québec! dit-elle fièrement.

Ironiquement, Liliana prédit qu’au rythme où vont les choses à Cuba, un nouveau Christophe Colomb pourrait découvrir une île devenue déserte. Bientôt, il n’y aura plus rien là-bas, car un Cubain qui peut partir s’en va.

L’année dernière, 300 000 Cubains ont quitté l’île. Ce qui est énorme dans une population d’un peu plus de 11 millions d’habitants. La population cubaine est en déclin depuis plusieurs années en raison des départs constants de ses habitants. Pénurie de nourriture, de carburant, inflation galopante, coupures de courant récurrentes, répression des opposants politiques, censure. Bref, rien ne va plus sur l’île dont le destin politique a marqué le 20e siècle.

Toutes ces difficultés économiques et politiques ont séparé géographiquement de nombreuses familles, dit tristement Mme Rodriguez Nunez, qui parle de l’exil d’une de ses filles en Serbie. « C’est loin », note-t-elle avant de se lever.

Au sein de Western Union, la file d’attente s’allonge. Le service est lent. Il n’y a toujours qu’une seule fenêtre ouverte. Personne ne semble trop impatient. Tout le monde a les yeux rivés sur son smartphone. De nos jours, attendre ensemble ne provoque plus de discussions spontanées ni de rencontres impromptues entre inconnus. Et si j’avais apporté plus de chaises ?

Avec la collaboration de Bernard Leduc

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