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monde

Colonialisme 2.0

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On commence à parler de l’indécence de recruter du personnel médical dans des pays beaucoup moins bien dotés que le Canada. Par exemple, des protestations ont eu lieu le mois dernier contre le fait que le Québec se rapprochait du Cameroun, du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire, quatre pays figurant sur la liste rouge de l’Organisation mondiale de la santé. Leur nombre d’infirmières pour 10 000 habitants varie de 1,9 à 6,45 alors qu’il est… de 102,7 au Canada.

Le problème dépasse cependant le cadre médical. Lorsque le Canada recrute des ingénieurs, des informaticiens, des chercheurs, des gestionnaires ou même des étudiants dans ces domaines, il oublie – ou fait semblant de ne pas savoir – qu’il s’agit d’autant de diplômés ou en passe de l’être qu’il vole aux pays qui en ont besoin pour construire. eux-mêmes. Les ambassadeurs de trois pays africains – le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Bénin – lancent un cri du cœur pour faire prendre conscience à l’Occident des conséquences de ce dragage.

« Cela élimine évidemment cette fuite des cerveaux. Nos pays manquent de cadres de qualité. Au Bénin, on sent le coup», déclare Luc Isidore Takpa, consul honoraire à Montréal – Le Bénin n’a plus d’ambassade au Canada. « Nous ne pouvons pas atteindre le niveau d’expertise de ces pays (occidentaux) car il y a une fuite », ajoute-t-il. Il dit que le Bénin connaît une boom semblable à ce que le Québec a vécu pendant la Révolution tranquille. Tout est en construction. Mais le manque de connaissances oblige le pays à faire appel à la Chine, qui arrive avec ses travailleurs puis repart avec son savoir-faire.

La dépendance est maintenue

Bafétigue Ouattara, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire, est du même avis. « Il n’y a de richesse que l’Homme. Le développement se fait à distance par les ressources humaines, par les compétences, et sans ces compétences, la crème de notre société disparaît. Le développement ne peut pas être harmonieux. La Côte d’Ivoire, donne-t-il en exemple, est le plus grand producteur de cacao au monde, mais elle aurait besoin du savoir-faire pour le transformer chez elle et ainsi en capter la valeur ajoutée.

Au Maroc, explique l’ambassadrice Souriya Otmani, 8 000 à 10 000 cadres supérieurs quittent le pays chaque année. À eux s’ajoutent divers spécialistes. Chaque année, raconte-t-elle, la moitié des 1 500 diplômés de l’École d’ingénieurs Mohammadia, la principale école d’ingénieurs du pays, partent. Les chasseurs de têtes marocains « travaillent désormais exclusivement à l’international ». « Cela a un impact direct sur l’économie, les services, sur l’ensemble du développement du pays. Et c’est un investissement important du Maroc dans la formation de ces cadres dont il ne bénéficie pas.

Tous trois plaident pour une migration qui s’inscrirait plutôt dans une perspective de co-développement. Mme Otmani donne l’exemple d’un accord entre le Maroc et l’Allemagne en vertu duquel un contingent de personnel médical part en Europe pour travailler et parfaire sa formation. Lorsqu’il revient deux, trois ou quatre ans plus tard, il rapporte de meilleures connaissances au pays tandis que l’Allemagne accueille une nouvelle cohorte. De son côté, M. Ouattara souhaiterait que les pays qui le servent offrent en retour des ressources pour construire des infrastructures éducatives.

Chanson des sirènes

Tous trois reconnaissent qu’un pays démocratique ne peut pas empêcher ses citoyens de partir. Et tous admettent qu’il appartient à leurs pays respectifs de créer des conditions favorables qui donneraient envie aux jeunes de rester. Ils soulignent cependant qu’il est très difficile de résister aux « sirènes » occidentales.

« C’est une responsabilité morale, c’est une question d’éthique », affirme sans détour Bafétigué Ouattara. C’est une forme de domination, d’exploitation du faible par le fort. Il suggère même qu’il existe « une impression largement répandue en Afrique selon laquelle le Canada prend, mais ne rend pas ».

M. Takpa, de son côté, avoue avoir succombé à ces sirènes dans sa jeunesse. Il a quitté le Bénin dans les années 1990 pour étudier en URSS puis vivre au Canada. «Je me sens un peu coupable», avoue-t-il. Mon pays m’avait tout donné. Il avait investi en moi. Il estime qu’en matière de recrutement, «le Canada est très agressif, plus agressif qu’il y a 20 ans». « Nous allons piller des pays pauvres qui n’ont pas le même niveau de vie que le Canada. Oui, c’est indécent. Il ajoute : « Il est clair que l’équation est simple. Eux, plus ils vivront mieux, (plus) nous vivrons pauvres. (…) Le Canada, les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, il faut vraiment les dénoncer parce qu’ils abusent, ils recrutent, ils pompent.»

Mme Otmani ne veut pas paraître alarmiste, mais elle confirme qu’au Maroc, « il y a beaucoup d’inquiétudes ». L’ambassadeur souligne que la fuite des cerveaux n’est pas un phénomène nouveau.

En fait, dans les années 1990, les politiciens canadiens s’inquiétaient constamment de «exode des cerveaux», qui désignait alors la fuite des cerveaux canadiens vers les États-Unis. Cela a même donné lieu, en octobre 2000, à une bévue électorale mémorable. Le chef de l’Alliance canadienne, Stockwell Day, a dénoncé cette fuite, qu’il impute aux libéraux de Jean Chrétien, en posant devant les chutes du Niagara… qui coulent davantage vers le Nord. Statistique Canada avait calculé que le pays perdait jusqu’à 27 000 diplômés par an, mais nous rassurait en même temps que pour un diplômé perdu, le Canada en recrutait quatre à l’étranger…

Et moi et moi et moi

Derrière cette avidité de travailleurs étrangers se cache une posture du « tout m’est dû » qu’il convient de remettre en question. Pourquoi pensons-nous qu’on nous permet de recruter des infirmiers dans des pays qui en ont moins que nous sinon parce que nous pensons que notre droit à être soigné jusqu’à notre mort prime sur celui des Africains à guérir d’un cancer à la quarantaine ? Pourquoi pensons-nous qu’il est normal d’amener les Sud-Américains à cueillir nos fruits pour des salaires de misère, si ce n’est parce que nous estimons que nous avons droit à des fraises bon marché ? Pourquoi considérons-nous comme normal que nos parents âgés soient surveillés par des soignants venus de pays où les gens n’ont d’autre choix que de garder leurs aînés à la maison ?

Le colonialisme est défini comme l’exploitation économique d’un territoire par un autre État. Un jour, on parlait de café, de sucre, de bois et de fourrures. Aujourd’hui, c’est une question de ressources humaines, mais la mentalité n’a pas vraiment changé. L’Occident est riche et s’estime en droit de puiser chez les autres les ressources nécessaires pour le rester.

Les partisans d’une immigration totale, aveuglés par une idéologie identitaire qui en est venue à établir un lien entre immigration et vertu, ne voient pas qu’ils font avant tout le jeu des employeurs et des chambres de commerce. La gauche, alliée du grand capital ? Nous aurons tout vu.

Justin Trudeau en fait partie, lui qui mène une politique migratoire « toujours plus ». Trop occupé à dénoncer les erreurs du passé, il oublie de tenter d’empêcher celles du présent. Mais qui sait? Peut-être qu’un jour un membre de sa lignée demandera pardon pour cette exploitation qu’il a cautionnée.

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